Le dispositif sécuritaire en place

mardi 31 mars 2009 | 18:15 | Joséphine de Boisséson

Strasbourg s’apprête à accueillir une partie des festivités du sommet et du contre-sommet vendredi et samedi. 28 chefs d’État d’un côté, de 40 000 à 60 000 manifestants de l’autre.

Des policiers, les Strasbourgeois en voient par centaines. Quand ils ne patrouillent pas, ils sont en goguette, la carte sous le nez. Car, pour faire face à ce qu’elle a appelé un « véritable danger de violence », Michèle Alliot-Marie, de passage à Strasbourg lundi, a en effet annoncé le déploiement de « près de 10 000 policiers et gendarmes », un peu moins qu’en Allemagne, minimisait-elle (15 000 policiers sont mobilisés outre-Rhin). 85 unités mobiles de maintien de l’ordre dont les trois quarts des compagnies de CRS que compte la métropole vont donc être déployées. Pour accéder au centre-ville, le Strasbourgeois doit désormais être muni d’un des 42 000 badges imprimés par la préfecture (orange ou rouge, selon la dangerosité de sa zone de résidence ou de travail). Des hélicoptères de l’armée américaine survolent la ville à basse altitude, des caméras de vidéosurveillance ont été ajoutées aux quelque 250 déjà en place, un dispositif blindé vient renforcer les balustrades de l’hôtel du préfet, des agents municipaux scellent les plaques d’égouts, les boîtes aux lettres jaunes disparaissent. Tout cela pour protéger « 2 000 personnes sensibles », expliquait, lundi, la ministre de l’Intérieur, dont « 900 Américains environ ». Délire sécuritaire ? Non, une « juste adéquation des - mesures » poursuivait-elle, d’abord contre les terroristes, ensuite contre « un certain nombre d’extrémistes (…) qui se donnent rendez-vous pour infiltrer les manifestants et mener un certain nombre d’actions. » « Sur Internet ou dans des déclarations », ces personnes « ont d’ores et déjà appelé à la désobéissance civile, à la provocation, ont incité à un certain nombre d’actions violentes ou montré leurs intentions d’empêcher le déroulement normal du sommet. »

Pour accueillir ces « trouble-fête », les drapeaux pacifiques multicolores « Pace. No to nato » se vendent comme des petits pains. 600 ont trouvé preneurs depuis dix jours. Un arrivage de 1 000 supplémentaires est attendu. Un Petit Manuel du parfait Strasbourgeois pacifiste circule pour savoir réagir en cas d’intervention illégale de la police demandant le retrait des banderoles des fenêtres ou des vélos.

Le village autogéré des anti-OTAN a finalement trouvé refuge près de la forêt du Neuhof, au sud de Strasbourg Les dix hectares sont divisés en trois parcelles, dont une « d’urgence » (uniquement ouverte en cas d’affluence). Depuis mercredi dernier, les bénévoles paillent les chemins et montent les tentes. Le camp s’organise en barrios (chacun autour d’un brasero) et en espaces collectifs (cuisines, bar, tente médicale, Internet, informations, chapiteaux de spectacles, etc.). Le « no logo » est de mise (pas de banderoles ni de ventes de journaux sauf dans l’espace forum), mais quelques drapeaux noirs flottent au-dessus de la centaine de tentes déjà dressées. Le gros des « troupes » (de 6 000 à 7 000 personnes) devrait arriver à partir d’aujourd’hui. « Nous avons principalement besoin de bras, d’interprètes, de nourriture (la cuisine est végétarienne) et d’argent », précise un membre de la coordination anti-OTAN Strasbourg.

Cet argent servira, entre autres, à financer la legal team, cette équipe qui traque les « inévitables violences policières », prête main-forte aux gardés à vue et s’est alliée une escouade de quelque 25 avocats, faisant le pied de grue au tribunal pour servir de « commis d’office » aux personnes en comparution immédiate. Un pense-bête juridique est distribué largement aux manifestants.

Aujourd’hui à 14 h 30, parade solidaire des nez rouges contre le cirque sécuritaire. Départ place de l’Esplanade, élection de la cagoule d’or place d’Austerlitz.