À Strasbourg, Pécresse inaugure à la matraque

jeudi 5 février 2009 | 18:00 | Joséphine de Boisséson

Pour la venue de la ministre de l’Enseignement supérieur, qui célébrait la création de l’université unique de la ville, les 2 000 manifestants ont été accueillis… par les CRS !

Jeudi matin, 11 heures Sur le balcon du premier étage du palais universitaire de Strasbourg, une banderole flotte : « Elle est unique et elle est… en grève. » Sur les marches et le parvis, les manifestants (quelque 2 000 personnes) portent drapeaux, banderoles, nez rouges et caisses claires. À l’intérieur du palais où doit se tenir la cérémonie, une petite vingtaine de personnes est parvenue à intervenir au milieu des longs discours officiels.

« Renouer les fils du dialogue »

Alain Beretz, président de l’université de Strasbourg (UdS), est le premier à être interrompu. Il ne bronche pas, poursuit sa lecture en accélérant toutefois le rythme, le souffle court. Il revient sur l’origine de la fusion des trois universités strasbourgeoises dès 2003, concrétisée par la création de l’UdS au 1er janvier 2009. Il évoque « l’attachement aux principes fondamentaux de l’université. » Pendant ce temps, les manifestants, gilets fluo au dos, passent silencieusement dans les rangs en brandissant des affichettes : « confiance en la casse du CNRS », « confiance dans l’arbitraire », « halte au mépris ».

Alain Beretz poursuit toujours : « Comment ignorer les inquiétudes qui montent des labos ? (…) Madame la ministre, j’en appelle à votre capacité à renouer les fils du dialogue. » Du dialogue, il ne semble justement pas en être question : quelques minutes plus tard, des cris montent dans la salle : « Retirez les CRS ! »

Journalistes et invités font des allers et venues dans le hall. Le spectacle est extraordinaire : à l’intérieur, recueillement et solennité autour d’une ministre aux gestes christiques, tandis qu’à l’extérieur, sous la pluie, une soixantaine de CRS forment un cordon devant les portes vitrées. « Nous avons chanté, crié des slogans, balançé des oeufs. Les manifestants voulaient entrer à l’intérieur, la police en civil n’arrivait pas à les retenir ; alors, les CRS sont intervenus », raconte un étudiant. Matraque, bombes lacrymogènes d’un côté, coups et larmes de l’autre. Très vite, quelques personnes s’interposent pour empêcher toute confrontation entre forces de l’ordre et manifestants.

Et la ministre cita Goethe

Les CRS resteront jusqu’à la fin de la cérémonie et Valérie Pécresse ne reviendra pas sur ses réformes. Elle félicite Strasbourg, toujours bon élève, de son énergie à mettre non seulement en place la fusion mais également l’autonomie, « avec ce qu’elle porte de libertés mais aussi de responsabilités nouvelles pour l’ensemble de la communauté universitaire ».

Et pour finir, un cadeau financier : 375 millions d’euros pour l’opération campus, 18 millions de moyens supplémentaires pour 2009 et 35 millions dans le cadre du plan de relance, soit « 53 millions disponibles dès maintenant », calcule-t-elle en bonne trésorière. Après les chiffres, la poésie et c’est Goethe que Valérie Pécresse a choisi de citer : « Quel est le meilleur gouvernement ? Celui qui nous enseigne à nous gouverner nous-mêmes ! »

Pascal Maillard, professeur agrégé en littérature française, ne l’entend pas de cette oreille. À la suite de la ministre, il monte à la tribune pour lui remettre l’appel de Strasbourg « signé par 2 200 personnes » et intimant à sa voisine de « faire un peu plus que le lire » : « Il faut que vous l’entendiez. »