Brocante géante chez GM

mardi 9 septembre 2008 | 15:31 | Alain Peter

Le constructeur automobile américain General Motors souhaite vendre son usine de Strasbourg. 1 260 salariés craignent pour leurs emplois.

La pression monte à General Motors (GM) Strasbourg. Hier matin, l’équipe présente dans l’usine a cessé le travail pendent deux heures à l’appel des syndicats. En assemblée générale, un nouvel arrêt de travail de deux heures a été décidé pour l’après-midi et un autre aura lieu mercredi matin, jour où le directeur de l’usine est sommé de venir s’expliquer devant les salariés sur la réalité des projets du constructeur automobile américain. « Nous attendons une communication claire, nette et présice et des réponses à nos demandes afin de décider ensemble des actions à mener », a déclaré Jean-Marc Ruhland, délégué CFDT (syndicat majoritaire). Dans l’immédiat, « nous allons faire signer une pétition aux salariés demandant à GM de garantir le maintien du site, de l’emploi et des acquis », explique Roland Robert, délégué syndical CGT. Signe avant coureur, la production fait, depuis quelque temps du yo-yo. Après la suppression de 168 emplois au premier semestre au nom d’une baisse d’activité, les ouvriers font à présent des heures supplémentaires. Avant, sans doute, de prendre des vacances forcées d’une semaine début novembre.

Jean-Marc Ruhland dénonce le fait que l’annonce de la vente de l’usine viole la charte européenne, signée en décembre 2004 par GM et les syndicats. Celle-ci prévoit un droit d’information préalable des syndicats et l’ouverture de consultations pour examiner des alternatives. Mais comme elle n’est pas contraignante, la multinationale n’y est pas légalement tenue.

General Motors a annoncé son intention de vendre son usine de Strasbourg, spécialisée dans la production de boîtes de vitesses, et qui emploie 1 260 salariés. Objectif : faire rentrer du liquide dans un groupe qui accuse un déficit de 15 milliards de dollars et perd des marchés dans la foulée de la crise des subprimes aux États-Unis. L’usine alsacienne dégage des bénéfices, de l’ordre de 20 millions d’euros en 2007. Elle vaudrait entre 700 millions et 1 milliard d’euros. Du cash que le constructeur européen voudrait voir rentrer dans les caisses.

De retour d’une réunion du comité d’entreprise européen, à Vienne, en Autriche, le délégué CFDT a fait part du cas d’une ancienne usine de GM à Kaiserslautern, en Allemagne. « Là-bas, les salariés ont obtenu un accord tripartite GM-syndicat-repreneur qui garantit l’emploi pendant dix ans. Obtenir un tel accord à Strasbourg aurait un double avantage. D’une part, il signifierait que GM reste impliqué dans le sort de l’usine. Si le repreneur ne respectait pas l’accord, il faudrait que GM engage sa responsabilité. D’autre part, il dégagerait l’horizon au-delà de 2011. »

Cette date pèse en effet comme une épée de Damoclès sur le sort de l’usine strasbourgeoise, qu’elle soit ou non vendue par GM. D’ici à 2011, la production des actuelles boîtes de vitesse pour Cadillac, Chevrolet et BMW paraît assurée. Mais au-delà, aucun nouveau produit n’est programmé pour l’usine alsacienne. GM envisage plutôt de confier les productions à des usines installées dans des pays émergeant, entre autres en Ouzbékistan. En attendant les résultats d’un audit réalisé par la banque Merrill Lynch pour le compte de GM, le constructeur tente de rassurer. La vente de l’usine ne remettrait pas en cause « le besoin stratégique de pérenniser le site dans tous les cas, car même si General Motors n’en était plus propriétaire, l’enseigne aurait un indispensable besoin de faire appel à ce site de production comme fournisseur ». Pour l’heure, quatre repreneurs seraient sur les rangs. Les salariés entendent mettre de leur grain de sel dans la formule qui sera choisie. De même que les élus qui veulent voir figurer dans les critères le maintien des emplois.