Une infirmière déclenche le droit d’alerte à l’hôpital de Strasbourg

mardi 13 janvier 2009 | 16:26 | Alain Peter

Constatant une mise en danger des patients par manque de personnel, au centre hospitalier de Hautepierre, dans la capitale alsacienne, Sandra Geiss a dû « dégager sa responsabilité ».

Comment soigner 30 patients quand on est une seule infirmière ? « Mission impossible », s’insurge Sandra Geiss. Infirmière à l’hôpital de Hautepierre, à Strasbourg, la jeune femme de trente-deux ans a déclenché vendredi 9 janvier son droit d’alerte, procédure prévue par l’article L4131-1 du Code du travail qui permet à un employé de se dégager de toute responsabilité s’il estime que la situation présente « un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ainsi que de toute défectuosité qu’il constate dans les systèmes de protection ». Sauf abus manifeste, il ne peut être sanctionné.

La sécurité, plus assurée

Sandra Geiss rejoint en 2003 le service de médecine physique et de réadaptation fonctionnelle de Hautepierre. « C’était ce que j’attendais du travail d’infirmière : la réunion de beaucoup de spécialités et un côté relationnel », se souvient-elle. Atteints de lombalgies, de tétraplégies, de scléroses en plaques, etc., les patients souffrent de pathologies lourdes. Souvent âgés, ils ont aussi besoin d’être écoutés et rassurés. Mais les conditions de travail se dégradent. Des collègues tombent malades, partent en congés maternité. Le seuil minimal de deux infirmières n’est souvent plus respecté. La qualité des soins s’en ressent : « On réduit le nombre de levées, plus de toilettes complètes », égraine Sandra Geiss. Au nom de la mutualisation des lits vacants, le service prend des patients d’autres spécialités. Le 16 décembre dernier, l’ensemble des infirmières et aides-soignantes adresse une pétition au directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) pour attirer son « attention sur le fait que la sécurité des patients n’est plus toujours assurée ». Le 8 janvier, la CFDT prévient la direction qu’ « il existe un danger potentiel pour les patients et une insécurité professionnelle pour les agents ». Rien n’y fait. Jusqu’à vendredi dernier, quand Sandra Geiss décide de dire stop !

À 13 h 30, au moment de sa prise de service, Sandra Geiss se retrouve une fois de plus seule infirmière, alors que le planning en prévoit deux. Avec deux aides-soignantes, elle est censée s’occuper de 30 patients, dont un en isolement car il porte un germe résistant aux antibiotiques. Elle doit aussi gérer deux sorties, deux admissions, huit permissions de week-end, commander les médicaments pour la semaine prochaine. À 14 h 15, l’infirmière, soutenue par la CGT dont elle est adhérente, transmet à la direction une lettre dans laquelle elle explique : « Je ne peux dans ces conditions-là assurer une qualité des soins optimum, ainsi que la sécurité des patients. En cas de problème, d’incident ou d’accident, la situation décrite me contraint à dégager ma responsabilité. »

Le bien-fondé de l’alerte

Sa lettre remise, Sandra Geiss retourne dans son service. Sa démarche fait rapidement sentir ses effets. La cadre de santé du service reçoit l’ordre de sa supérieure de pallier elle-même l’absence de la deuxième infirmière. La hiérarchie reconnaît donc de facto le bien-fondé de l’alerte. D’un coup, les gestionnaires de la pénurie deviennent des faiseurs de miracles. À 16 h 45, Anne Metzinger, directrice adjointe des ressources humaines des HUS, annonce l’arrivée d’une infirmière à temps plein dans le service au 1er février. Vers 18 heures, la direction attribue une autre infirmière à mi-temps. Enfin, Anne Metzinger convie ce mardi personnel et syndicats à une réunion « pour faire le point complet de la situation du service ».