Village versus Congrès : les deux têtes des anti-Otan

vendredi 3 avril 2009 | 17:31 | Alain Peter

Deux camps animent l’opposition à l’Otan. Publics et modes d’action les différencient. Mais ils manifestent ensemble samedi.

Tentes, paille et autogestion à Ganzau ; micros, conférences et traductions simultanées à Illkirch : à Strasbourg, les opposants au sommet de l’Otan sont organisés en deux camps aux profils distincts. Relégué par les autorités dans un champ, très loin dans le sud de l’agglomération, le Village anti-Otan a des airs de fête improvisée. Des milliers de personnes campent là le temps du sommet, dans une ambiance de club politique au grand air. Débats et concerts le soir, diverses manifestations en journée. Le camp regroupe surtout des jeunes avec une prédominance d’Allemands. Mais les participants viennent aussi de toute l’Europe et les débats se font en plusieurs langues. Les journalistes ne sont pas les bienvenus, les visages sont souvent dissimulés derrière les foulards pour éviter les objectifs et les caméras. Au plan politique, les participants relèvent des mouvances pacifistes, écologistes et autonomistes. Le principe d’autonomie d’action autorise chaque groupe à décider seul de ses initiatives. Unique contrainte : « ne rien faire qui puisse attirer les forces de l’ordre à l’intérieur du Village », selon une responsable. Au sud également, mais accessible par le tramway, la Coordination anti-Otan tient un Congrès international dans une salle des sports. Devant plusieurs centaines de personnes attentives, les orateurs de tous pays analysent la politique et la stratégie de l’Otan. Plus âgés en moyenne que les campeurs du village, les congressistes se recrutent surtout parmi les organisations politiques et syndicales de l’hexagone. C’est aussi là que doivent s’exprimer des personnalités comme Oskar Lafontaine, Jean Ziegler, etc. Les journalistes bénéficient d’une salle de presse, le style politique est conventionnel, le café payant. Les deux camps divergent aussi dans leur rapport avec les autorités. Plus radical dans son expression, le Village comporte une minorité d’activistes prêt à user de violence face aux forces de l’ordre. Très médiatisées, leurs initiatives vaut au Village la réputation injustifiée d’être composé seulement de jeunes violents. Vendredi après-midi, alors que des manifestants protestaient contre la multiplication des contrôles policiers, un groupe s’est confronté aux CRS qui bloquaient l’accès au centre-ville. Ces derniers ont procédé à des centaines d’interpellations. Ce samedi après-midi, les deux camps convergent pour la grande manifestation. Cantonnée dans l’est de la ville, les anti-Otan tenteront de se faire entendre des autorités et des habitants restés au centre-ville.