« Il n’y a pas de problème de moyens à l’hôpital »

samedi 10 janvier 2009 | 17:43 | Alain Peter

Seule une meilleure organisation peut permettre à l’hôpital de surmonter ses difficultés, affirme Sarkozy. Il lance aussi une réforme des CHU.

« La France vous aime ! », a lancé Nicolas Sarkozy aux personnels de santé, vendredi, à l’occasion d’une visite au Nouvel hôpital civil (NHC) de Strasbourg. Après les récents drames survenus dans les hôpitaux, il a indiqué qu’il les soutiendrait « en toutes circonstances » et souligné que la France dispose « d’un des meilleurs systèmes hospitaliers au monde ». Mais tandis que médecins et infirmiers attribuent les drames au manque de moyens des hôpitaux, le président de la République a ironisé contre ceux qui veulent « toujours plus d’argent, toujours plus de personnels. Il faut en finir avec la logique du toujours plus ».

Chiffres démagogiques

Selon lui, ce dont l’hôpital manque avant tout, c’est d’une meilleure organisation. La preuve : « Entre 1998 et 2008, la France, au travers des dépenses de l’assurance maladie au profit des hôpitaux, a augmenté le budget de 50 %. C’est 23 milliards d’euros de plus pour l’hôpital au cours des dix dernières années. » Des chiffres démagogiques qui ne tiennent compte ni de l’inflation ni des réels besoins des hôpitaux. Le chef de l’État n’en a cure. Pour lui, « le défi de l’hôpital, c’est que cet argent qui est nécessaire soit plus efficace parce que l’hôpital doit être mieux organisé ».

Du coup, les voeux de Nicolas Sarkozy aux personnels de santé ont tourné à l’exercice de défense du projet de loi « Hôpital, patients, santé, territoires » que la ministre de la Santé Roselyne Bachelot doit présenter au Parlement fin janvier. Premier axe, « renforcer l’autorité du directeur » afin que l’hôpital dispose d’un « patron » car « chacun sait qu’aujourd’hui personne n’a le pouvoir de dire oui ou non ».

Éviter les redondances

Les hôpitaux doivent aussi disposer de « davantage de liberté pour recruter, acheter » et chaque établissement « doit pouvoir développer des relations avec d’au- tres ». Entre les lignes, le chef de l’État annonce une nouvelle vague de fermeture et de restructurations d’hôpitaux : ils doivent « se mettre en réseaux pour éviter les redondances entre établissements parce que nous n’avons pas les moyens » de tous les garder. D’ailleurs, les hôpitaux « qui se mettront en réseaux auront de l’argent en plus. » Enfin, l’offre de soins doit être pilotée par les Agences régionales de la santé (ARS) à l’aide d’indicateurs de qualité que le président de la République n’a pas précisés.

Nicolas Sarkozy a aussi consacré une longue partie de son allocution à la réforme des Centres hospitaliers universitaires (CHU). Il veut notamment « s’interroger sur les relations université-hôpital ». Jacques Marescaux, directeur de l’IRCAD (Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif) de l’hôpital de Strasbourg, se voit confier la direction d’une mission de sages. Elle devra évaluer les trois missions de soins, d’enseignement et de recherche des CHU.

Jacques Marescaux est chargé de lever tous les tabous afin d’inventer « un nouveau modèle de CHU ». Reprenant à son compte des propos de Robert Debré qui avait créé les CHU il y a cinquante ans, le chef de l’État a appelé à une « révolution ». En revanche, de toute son allocution, Nicolas Sarkozy n’a pas évoqué les déficits budgétaires des hôpitaux ni la concurrence entre établissements publics et privés.