Pique-nique solidaire pour Fatoumata

mercredi 28 juin 2006 | 17:50 | Alain Peter

Sans-papiers . Une mère guinéenne et ses trois enfants nés en France risquent l’expulsion. Amis, parents d’élèves et parrains les placent sous leur protection.

« Pourquoi devrais-je me cacher ? Je n’ai pas volé, je n’ai pas tué. Mes enfants sont nés en France, ils ne connaissent que ce pays. Je veux rester ici. » Venue de Guinée équatoriale, il y a six ans, pour rejoindre son mari, Fatoumata Diakité a épuisé tous les recours et vit sans papiers. Ses enfants ont cinq, trois et un an. Abdoulaye, le plus grand, est scolarisé à la maternelle Scheppler de Strasbourg depuis septembre 2005. Sa soeur cadette devrait l’y rejoindre à la rentrée prochaine. À condition que la famille ne soit pas expulsée de France durant l’été, après le sursis accordé par le ministère de l’Intérieur aux enfants scolarisés sans papiers jusqu’à la fin de l’année scolaire.

À l’école, les parents d’élèves ont appris la situation d’Abdoulaye, début juin. Soutenus par le Réseau éducation sans frontières (RESF), ils ont lancé un mouvement de solidarité. Pétitions, réunions, « pique-nique de solidarité » : le cas du petit Abdoulaye commence à faire du bruit. Mais le principal soutien de Fatoumata Diakité, c’est Baboucar Dramé, un chauffeur de poids lourds, lui aussi originaire de Guinée. Titulaire d’un titre de séjour, il a reçu, le 27 mars dernier, un coup de téléphone : « Une assistante sociale m’a demandé si je connaissais Fatoumata et si je pouvais l’héberger car, avec la fin de l’hiver, elle devait quitter l’hôtel dans lequel elle vivait, raconte-t-il. Pourtant je vis avec ma femme dans un logement de seulement 22 mètres carrés. » Quelques jours plus tard, Baboucar voit arriver Fatoumata, ses trois enfants et leurs valises. Seule consolation pour lui : « Je crois que Dieu me paiera en retour pour ce que je fais. »

Baboucar Dramé n’est plus seul à aider Fatoumata. Le samedi 1er juillet, Alain et Frédérique Harster et Natacha Sidibé parraineront Fatoumata et Abdoulaye. Ils devraient être rejoints par un élu ou une personnalité. Les parrains s’engagent à accompagner Fatoumata dans ses démarches et à maintenir une « veille » pendant les vacances scolaires. Ils se disent prêts, si besoin, à cacher Abdoulaye de la police, au risque d’enfreindre la loi.

C’est alors qu’elle inscrivait sa propre fille à l’école Scheppler que Nataché Sidibé a eu vent de l’affaire. « C’est tellement injuste ce qui arrive à ces enfants », constate-t-elle. Employée à la Mission générale d’insertion (MGI), elle a déjà accompagné cette année cinq élèves sans papiers d’un collège. Elle aurait préféré « rester dans l’ombre pour aider Fatoumata », mais comprend la nécessité de médiatiser la solidarité. « Je suis plutôt optimiste, car Fatoumata et Abdoulaye semblent correspondre aux critères de régularisation listés par la circulaire du 13 juin », croit Natacha. Institutrice à l’école Scheppler, Frédérique Harster a découvert l’affaire lors d’une conversation avec un parent d’élève. « L’injustice s’incarne dans un visage d’enfant, un élève de ma propre école. On se rend compte que ce genre de choses existe. » Inspecteur du travail, Alain Harster agit « par désobéissance civile, pour résister à cette violation des droits fondamentaux de la personne ». Avant de répondre à l’appel à parrainage de RESF, le couple a vérifié les informations auprès de la CIMADE qui gère le dossier. Alain Harster avoue avoir, un soir, ouvert le dictionnaire : « Je voulais en savoir plus sur la Guinée. »

À Strasbourg, RESF suit 26 familles et près de 50 enfants scolarisés sans papiers. Seule la moitié d’entre eux entreraient dans le champ de la circulaire Sarkozy du 13 juin qui autorise les préfets à réexaminer, pendant l’été, la situation des familles d’enfants scolarisés sans papiers.