Le Parlement européen expédie Airbus en trois quarts d’heure

vendredi 16 mars 2007 | 17:52 | Alain Peter

Sur demande du groupe de la gauche unitaire (GUE), les eurodéputés ont débattu des suppressions d’emplois dans le groupe aéronautique.

Dix mille suppressions d’emplois chez Airbus : cela mérite-t-il d’être discuté entre eurodéputés ? La question a dû être posée par Francis Wurtz pour le compte de la Gauche unitaire européenne (GUE) pour que le Parlement européen mette le sujet à son ordre du jour. Faute de quoi, pour leur première session après l’annonce du plan de licenciements du constructeur aéronautique, les eurodéputés auraient sans doute « oublié » d’en parler. « Qu’il ait fallu batailler pour que le sujet soit discuté est en soi une énorme anomalie révélatrice de l’ambiguïté qui entoure la politique industrielle en Europe », estime Francis Wurtz.

Le débat a donc bien eu lieu, mercredi après-midi, à Strasbourg, pendant à peine trois-quarts d’heure. Il a surtout été mené par des intervenants allemands et français, les premiers tenant les rênes de l’exécutif européen, les seconds se recrutant dans l’assemblée. Chacun de louer Airbus, fleuron de l’industrie européenne, de rappeler que ses carnets de commandes sont pleins et que les salariés ne sont pour rien dans les difficultés actuelles. Mais là s’arrête le consensus. Car dès qu’il s’agit d’expliquer les suppressions d’emplois et de proposer des solutions, les avis divergent. Pour la présidence allemande de l’Union européenne, « la décision d’Airbus relève uniquement de l’entreprise. L’économie doit s’occuper de l’économie, la politique de la politique. Moi, je ne sais pas combien de temps il faut pour construire un avion », affirme Peter Hintze du ministère allemand de l’Économie et de la Technologie. Son compatriote, le commissaire européen à l’Industrie Günter Verheugen, lui emboîte le pas : « Airbus a décidé de rationaliser et d’externaliser des activités. À partir de là, il y a une demande d’intervention politique, mais la politique est incompétente pour intervenir dans la gestion d’une entreprise. En revanche, elle a une obligation morale pour aider les salariés licenciés. Les États peuvent recourir au crédits du fonds social européen ». Christine de Veyrac (PPE-droite européenne), par ailleurs maire adjointe de Toulouse, et Anne Laperrouze (ALDE-libéraux européens) estiment que « l’ingérence des politiques » dans Airbus explique les difficultés de l’entreprise. Cependant, la seconde demande aux pouvoirs publics d’ » augmenter leur part dans le capital ». Très remonté, Gérard Onesta (Verts) exige à la fois « une recapitalisation avec de l’argent public » et « une restructuration du fonctionnement intergouvernemental de l’entreprise ».

Ces diverses condamnations de l’intervention publique dans les décisions industrielles passent toutes sous silence le rôle des États dans le lancement d’Airbus. Elles oublient aussi de rappeler que les difficultés actuelles ont été précédées par la décision politique de faire entrer des actionnaires privés dans le capital d’Airbus.

Pour la gauche européenne, Jacky Hénin a mené la charge au nom de la GUE. « Développement et emplois se conjuguent mal avec une politique de l’euro fort, et surtout la soif de dividendes des actionnaires privés », a-t-il souligné. « Il faut revenir à une propriété et à un financement majoritairement publics. Seuls les États sont capables d’assumer des projets aéronautiques de cette importance. » Même son de cloche chez Kader Arif pour le Parti socialiste. « Combien de temps encore la Commission et le Conseil toléreront-ils que des directeurs d’entreprises compensent leurs propres échecs par le licenciement des travailleurs », a demandé Gabriele Zimmer (GUE). Devant cette pression, le commissaire européen a détourné l’attention sur Washington. Ainsi Günter Verheugen a-t-il annoncé au terme du débat que « l’Union européenne portera plainte auprès de l’OMC contre les États-Unis au sujet des subventions illimités qu’ils versent à Boeing ».