Blocage total à Adelshoffen

vendredi 21 juillet 2000 | 17:59 | Alain Peter

Les salariés d’Adelshoffen menacent de faire exploser des bonbonnes de gaz si la direction de Heineken n’ouvre pas des négociations sur le maintien de l’activité de la brasserie.

Au deuxième jour de l’occupation d’Adelshoffen, près de Strasbourg, les salariés menaçaient toujours de faire exploser des bonbonnes de gaz si la direction de Heineken n’ouvre pas des négociations sur le maintien de l’activité de la brasserie. Ils ont cependant repoussé leur ultimatum à dimanche 18 heures. « Si d’ici là les négociations ne commencent pas, nous ferons évacuer la brasserie et nous mettrons le feu aux citernes », a déclaré Thierry Durr, délégué CGT d’Adelshoffen. Une menace à prendre très au sérieux, car la brasserie est située en pleine ville et la capacité maximum des citernes est de 4 000 litres de GPL et 10 400 litres de propane.

Le matin, les salariés ont été reçus par le maire de Schiltigheim, Alfred Muller. Ce dernier a refusé de leur apporter son soutien dans leur lutte pour le maintien du site, mais s’est prononcé pour « le reclassement de la totalité du personnel ». « Je suis écouré par ces déclarations, le maintien du site est une priorité », a répondu Thierry Durr. Les salariés ne croient pas aux promesses de reclassement, par exemple à Fischer. Ils y voient un piège, car, selon eux, « Heineken compte également fermer Fischer prochainement ».

Dans l’après-midi, trois grévistes, munis de masques à tête de mort, ont déversé des milliers de litres de bières dans la rue devant l’entrée de l’usine. Puis une trentaine de grévistes se sont rendus au conseil régional d’Alsace et au conseil général du Bas-Rhin pour tenter d’y trouver du soutien à leurs revendications.

« Avec les grèves d’Adelshoffen et Cellatex, on assiste peut-être à l’émergence d’une nouvelle forme de lutte, estime Albert Riedinger, secrétaire général de l’union départementale CGT du Bas-Rhin. En effet, dans ces entreprises, les salariés sont la cible d’une violence inconnue dans l’histoire récente. Leurs directions ne négocient plus avec leurs salariés, elles les jettent à la rue. Cette situation entraîne une réaction violente des salariés qui sont mis dans une impasse. Pour essayer d’en sortir, ils recourent à des formes de lutte dures. Il appartient aux pouvoirs publics de remettre l’objectif humain au premier plan de l’économie. Notamment dans le cadre de la construction européenne où les normes sociales doivent être prioritaires par rapport aux normes de rentabilité financières. »

Cependant, les Adelshoffen bénéficient d’une sympathie croissante des habitants de Schiltigheim qui viennent signer la pétition pour le maintien de la brasserie. Comme le résume un gréviste : « Rien n’est joué. La porte de la négociation n’est pas encore fermée, mais elle n’est pas non plus ouverte… »