Mouvement social Mulhouse-Strasbourg-Paris, circuit spécial manif

lundi 26 mai 2003 | 18:06 | Alain Peter

Près de 2 000 Alsaciens ont participé à la manifestation de Paris, dont la moitié ont emprunté le train spécial affrété par la CGT.

« Sifflets, tee-shirts, gilets ! » Dans le train spécial de la CGT qui emmène un millier d’Alsaciens à Paris, la vente de produits du syndicat a remplacé celle des boissons et des friandises. Un tee-shirt reproduisant une caricature de Rat-Farin s’attaquant au fromage des retraites se vend comme des petits pains. « C’est rare d’arriver à faire monter autant de gens à Paris pour une manifestation. C’est plus que je ne l’avais imaginé il y a quelques semaines », se réjouit Michel Gatulli, secrétaire général de l’Union départementale du Bas-Rhin. En plus du train affrété par la CGT, un autre millier d’Alsaciens ont pris le train normal, ou bien sont partis à Paris en bus ou en voitures. Parmi eux les cheminots - dont près de 200 de la CGT -, près de 150 enseignants de la FSU du Bas-Rhin, une centaine de FO du Bas-Rhin, plus de 200 personnes de l’UNSA.

Parti de Mulhouse avec 400 personnes, le train spécial de la CGT a fait escale à Strasbourg pour charger 600 autres manifestants. À ce moment, le bel ordonnancement des places programmé par les dirigeants syndicaux a volé en éclats. Désordre dans l’organisation des wagons et joyeuse désinvolture des passagers se sont conjugués pour éclater les délégations tout le long du convoi. Finalement, chacun a retrouvé les siens et a pu commencer à s’adonner à ses occupations favorites : les uns se rendorment après une trop courte nuit, les autres attaquent petits déjeuners et journaux, les plus réveillés se lancent dans les discussions « sérieuses ».

Sans surprise, les services publics fournissent les gros bataillons : employés de la communauté urbaine de Strasbourg, des postes, des impôts, de la santé, de l’éducation, etc. Mais le privé est également bien représenté, à hauteur d’un tiers des passagers, avec notamment une centaine de métallos. Selon ces derniers, depuis le 13 mai, à coups d’explications données par les syndicats, la compréhension grandit parmi les salariés quant au projet Raffarin-Fillon. Cependant, la mobilisation subit des aléas. Elle est à la hausse chez General Motors puisque 18 salariés sont de la manifestation de Paris alors qu’ils n’étaient guère plus à Strasbourg le 13 mai dernier. De plus, les GM ont pu collecter 500 euros. « Tout le monde fait ses comptes et constate les dégâts de la réforme, affirme Turan Heydar. Surtout, les plus âgés se rendent compte de ce qui attend leurs enfants. Paradoxalement, l’accord conclu par la CFDT avec le gouvernement a aidé à la prise de conscience. D’ailleurs, chez nous, la CFDT s’est démarqué de la direction nationale. » En revanche, chez Messier-Bugatti, la mobilisation est plutôt à la baisse : seuls 8 salariés font le déplacement de Paris, alors que plus d’une centaine avaient manifesté, le 13 mai. Aucune collecte de fonds n’a pu être organisé. « La mobilisation peut remonter, surtout si le 25 mai marque les esprits, mais il est difficile de mobiliser dans la durée car les salariés restent individualistes », selon Patrick Bieger, délégué CGT chez Messier-Bugatti.

« Comment continuer après le 25 mai ?, se demandent déjà les délégués de Clestra. Il faudra continuer le mouvement, mais nous ne pourrons pas faire grève de façon continue : peut-être faudra-t-il organiser des moments forts ou bien faire grève une journée par semaine. Si les transports bloquent l’économie le gouvernement et le patronat seront bien obligés de bouger », estime José Rosa. Le futur du mouvement préoccupe aussi Raymond Ruck, secrétaire général de la CGT éducation : « Au-delà de la demande de retrait du plan Fillon, il faudrait trouver un mot d’ordre offensif et valable pour tout le monde, public et privé. Nos progrès par rapport à 1995 sont nets, mais nous sommes encore trop dans la bataille défensive et pas encore assez dans l’offensive. »

11 h 24, le train spécial de la CGT arrive en gare de l’Est. Les derniers sandwichs sortent des sacs. Direction boulevard Diderot, pour prendre place dans la tête de cortège. Fin provisoire des débats. Ils reprendront à 18 h 14, quand le train spécial repartira pour Strasbourg.