La prévention des jeunes, parent pauvre des policiers

mardi 29 août 2006 | 18:27 | Alain Peter

Dans le quartier du Neuhof, le brigadier-chef Benet pratique la police de proximité tandis que le centre loisirs jeunesse soigne ses relations avec les jeunes.

Au Neuhof, en décembre 2005, une voiture a foncé contre le garage du commissariat provoquant un début d’incendie. Une première. Mais pas de nature à décourager Raymond Benet, le brigadier-chef de ce commissariat situé dans une cité sensible de Strasbourg : « J’étais volontaire pour venir au Neuhof. Avant, j’étais motard. À présent, j’ai plus de contacts avec la population. » Sous ses ordres, quatorze policiers, pour environ 20 000 habitants.

Raymond Benet aime effectuer une tournée matinale à pied : « Il faut se montrer, tout en restant discret. Je fais ma tournée en civil pour que les personnes qui voudraient me parler ne soient pas facilement repérées. » Sous le regard de jeunes qui « tiennent les murs », il passe de tour en tour. Arrivé à un appartement transformé en squat, il appelle : « Vous m’entendez ? Il faut m’expliquer ce qui se passe. Cet appartement devrait être vide. » Pas de réponse, mais on perçoit des bruits à l’intérieur. Le policier retourne au commissariat. Et là, surprise : une jeune mère et sa fille en bas âge lui rendent visite. La mère reconnaît occuper l’appartement : « Je sais que c’est un squat, mais je voudrais y vivre », se justifie-t-elle. Le policier l’interroge sur ses revenus : 620 euros grâce au RMI. Il lui conseille de voir le bailleur social et de payer afin de « régulariser la situation ». De fait, quelques jours plus tard, la jeune femme reçoit un autre appartement. Dans le jargon policier, cela s’appelle une « régularisation d’office ». Une forme d’aide sociale qui ne dit pas son nom.

« Des gens qui ne savent pas lire m’apportent leur courrier administratif, poursuit le brigadier-chef. J’aide aussi des jeunes à rédiger des CV. » Ainsi, le policier noue des liens de confiance. Mais cette technique de prévention dépend, avant tout, de son bon vouloir. « Le policier de commissariat est soumis à une inflation de travail de bureau, contradictoire avec la volonté d’être présent davantage sur le terrain », affirme le commandant Marc Wetzel, responsable des bureaux de police de l’agglomération. Les priorités se lisent aussi dans l’évolution des effectifs de police : stabilité dans les commissariats de quartier, renforcement dans les équipes d’enquête et d’intervention, comme la BAC.

L’impression que la prévention constitue le parent pauvre de l’action policière est confirmée par la situation financière du centre de loisirs jeunesse (CLJ) du Neuhof, créé en 1992 et dont la vocation est d’améliorer les relations entre la police et les jeunes entre douze et dix-huit ans. Un objectif atteint grâce à des stages pratiques et à des activités sportives. Quatre policiers sont affectés en permanence au CLJ. Mais alors que le centre bénéficiait aussi de subventions du ministère de l’Intérieur, celui-ci a coupé les vivres en 1999. Depuis, le CLJ, devenu association privée, dépend des subventions d’autres organismes publics.

Gardien de la paix, Olivier emmène ce jour de vacances scolaires une dizaine d’adolescents à la campagne pour débroussailler un chemin. « J’ai beaucoup appris sur le regard que les jeunes portent sur la police, dit-il. Maintenant, je comprends pourquoi ils ne comprennent pas les contrôles de police : ils n’en connaissent même pas les raisons. J’en tire la leçon que lorsqu’un policier effectue un contrôle il doit commencer par dire pourquoi il le fait. »

Symptôme du discrédit de la prévention au sein du corps policier, les volontaires sont rares quand un poste est à pourvoir au CLJ. Pourtant, les policiers du CLJ sont convaincus que « leurs » jeunes commettent moins de bêtises que les autres. « Malheureusement, nous n’avons pas d’outil statistique qui le prouverait, regrette le commandant Daniel Weltzel. De plus, en cas de problème avec un groupe de jeunes, si l’un d’entre eux a fréquenté le CLJ, cela facilite l’intervention de la police. » Et de balayer le reproche de faire du social : « Si la police ne fait plus de social, elle perd une partie de sa raison d’être. Le premier grade dans la police, c’est bien gardien de la paix ? »