A Strasbourg, l’OTAN célèbre une puissance sans raison d’être

vendredi 3 avril 2009 | 18:50 | Jean-Paul Pierot

C’est une Alliance atlantique sans raison d’être depuis la fin de la guerre froide qui fête son 60e anniversaire à Strasbourg, cernée par les manifestants.

C’est dans une ville transformée en véritable camp retranché que les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) se réuniront aujourd’hui. Pour la première fois, ils seront 28 car l’Alliance a procédé, mercredi 1er avril, à son cinquième élargissement (le troisième depuis la fin de la guerre froide en 1990) en acceptant dans ses rangs l’Albanie et la Croatie. Alors que la chute du mur aurait dû entraîner la disparition de cette structure, celle-ci célébrera, lors de ce 24e sommet, son 60e anniversaire. Cet évènement marque aussi, suite à une décision unilatérale de Nicolas Sarkozy, le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, quarante-trois ans après son départ. Les Américains ne partageront pas leur pouvoir

À l’instar de Laurent Fabius (PS) ou Jean-Paul Lecoq (PC), nombreux sont ceux qui dans l’opposition l’ont fermement combattue. Mais pas seulement : Dominique de Villepin, parmi d’autres, avait également jugé la stratégie du chef de l’État « inopportune et dangereuse ». Malgré tout, Nicolas Sarkozy sera bien présent à Strasbourg, pour prendre part aux discussions consacrées à trois points clés pour l’avenir de l’Alliance.

Tout d’abord, la question de la stabilisation de l’Afghanistan. L’Alliance joue sa crédibilité dans cette région où, depuis 2003, elle mène la plus importante opération de son histoire et est confrontée à une farouche opposition des talibans. Mais plutôt que de s’interroger sur la stratégie elle-même, les 28 se mettront probablement d’accord sur un soutien renforcé au gouvernement de Kaboul, notamment en envoyant des troupes supplémentaires. Les États-Unis ont déjà décidé que 10 000 de leurs soldats rejoindront les 60 000 présents sur le terrain. L’exemple afghan démontre donc qu’ils n’entendent pas partager leur pouvoir au sein de l’OTAN. Comment imaginer, dans ce contexte, que les Européens aient réellement leur mot à dire dans le commandement des opérations ?

Au contraire, cette réintégration signe l’échec de l’Union européenne à s’accorder sur une politique extérieure de sécurité et de défense (PESD), comme sur une diplomatie commune efficace. Comme l’indique Jacques Le Dauphin, directeur de l’Institut de recherche et de dialogue pour la paix (IRDP), « tout porte à croire que les Américains entendent redynamiser l’Alliance atlantique et redéfinir avec leurs alliés ses missions stratégiques. Le nouveau concept stratégique projeté semble bien s’inscrire dans ce sens ». Renouer avec la russie

La rénovation de ce concept, fondant l’action de l’Alliance depuis 1999, est un autre thème majeur du sommet. L’idée est concrétiser son rôle offensif : la lutte contre la piraterie, le terrorisme, les cyberattaques ou le développement de la sécurité énergétique font partie des nouvelles missions que s’assigne désormais l’OTAN.

Enfin, l’Alliance atlantique souhaite renouer ses contacts formels avec la Russie, notamment après les brouilles liées au conflit russo-géorgien en août dernier et à l’élargissement de l’OTAN. Bien qu’elles aient proposé à deux reprises leur candidature pour en être membre en 2008, Géorgie et Ukraine ont essuyé un échec. Depuis, et à la veille du sommet, Barack Obama a défendu le droit de l’OTAN à s’étendre. Autre point de discorde : l’implantation de boucliers antimissiles en Pologne et en République tchèque.

Mais surtout, l’OTAN souhaite visiblement donner à voir sa puissance. Dans des lieux symbolisant la réconciliation franco-allemande, à Strasbourg, côté français, et à Kehl et Baden-Baden, côté allemand, les chefs d’État et de gouvernement resteront alors probablement fermés aux appels des manifestants qui dénoncent le maintien de cette structure.