Un lourd parfum de guerre froide

vendredi 3 avril 2009 | 19:41 | Jean-Paul Pierot

Le retour de la France dans le commandement intégré est officialisé dans un climat d’état de siège. Les 60 ans de l’Alliance, un triste anniversaire. Les pacifistes manifestent aujourd’hui.

Tout un symbole que cette ville de Strasbourg plongée dans une ambiance de plomb avec ses rues vides et un déploiement massif de policiers et gendarmes, les véhicules de police de tous gabarits , au moment où la France rentre dans le bercail du commandement intégré de l’OTAN. Pour célébrer le soixantième anniversaire de l’Alliance héritée de la guerre froide, l’heure n’est pas à la fête. Les habitants de la capitale alsacienne ont été menés à dure épreuve. Le Strasbourgeois de la rue varie, selon son humeur, entre l’humour philosophe et la franche irritation. « Comment rentrer chez moi ? » demande au marchand de journaux un vieux monsieur « piégé » dans la « zone rouge » , le centre-ville, dont les habitants, badgés pour pouvoir circuler, n’ont aucune garantie d’échapper aux contrôles et aux barrages érigés un peu partout. « Puis-je rentrer déjeuner ? » question entendue devant un mur métallique barrant totalement l’accès à la place de la cathédrale….Un jeune homme résidant dans le quartier du Parlement européen a vu son appartement fouillé de fond en comble. Est-il un activiste de l’ultra gauche ? IL ne sait pas ce qu’est l’OTAN « Il paraît que c’est une réunion où l’on parle des problèmes du monde »…. Et pourtant, certains franchissent sans mal les contrôles policiers. Devant le palais Rohan, une zone absolument interdite à toute personne ne portant pas l’uniforme, deux cents personnes, avec petite drapeaux de France et des Etats-Uniis en sautoir, attendent la sortie de Nicolas Sarkozy et de Barack Obama. Qui êtes-vous ? demande-t-on. « Des adhérents de l’UMP » confie une jeune femme enthousiaste. Tous portent un badge blanc. Malheur au simple venu de lui applaudir son héros sans être du parti. Des policiers en civil, jean et blouson, disséminés dans le groupe veillent. « Monsieur, sortez du périmètre ! » tranche l’un des cerbères. « Viens,Rébecca, on rentre » dit-il un peu gêné à sa petite fille ». Dans cette ville en état de siège, le président français signe donc la fin de la place singulière que tenait la France au sein de l’Alliance atlantique, et qui lui a facilité la tâche chaque fois qu’elle a voulu faire entendre une voix non alignée lors de crises graves. Quant aux avantages escomptés à la réintégration dans le commandement intégré ? A part, la présence de quelques officiers supérieurs dans le centre de Norfolk (Virginie, l’argumentaire présidentiel peine à convaincre. Alors comme toujours, Nicolas Sarkozy sur-joue son propre rôle. Même dans l’alignement, le président fait comme s’il interprétait une partition majeure au côté du président Obama. Au cours d’une conférence de presse tenue à l’issue de sa rencontre avec le nouveau président américain, le président français a surtout déclaré son accord total avec le chef de la Maison Blanche à propos de l’Afghanistan. La France ,a-t-il confirmé, n’enverra pas de nouveaux renforts d unités combattantes, mais un soutien en matière de police et de gendarmerie. La lutte anti talibans n’est plus la priorité, Pierre Lellouche, chargé désormais du dossier afghan, distingue aujourd’hui entre « bons » talibans et ceux agiraient en tant têtes de pont d’une stratégie globale. Le sommet proprement dit a débuté hier dans la ville thermale de Baden Baden (Allemagne) par un dîner offert aux 28 chefs d’Etat et de gouvernements de l’OTAN, par la chancelière Angela Merkel Les festivités aujourd’hui au Jardin des Deux rives se veulent un symbole de paix franco-allemande, d’Europe réconciliée avec elle-même. Sous le vrombissement des hélicoptères, il y manquera la ferveur populaire. Le peuple, la jeunesse manifesteront pour sortir enfin de la guerre froide, où se complait un Nicolas Sarkozy, qui s’est fait ravir par le nouveau président américain.