La peur du « syndrome grec » ?

vendredi 3 avril 2009 | 22:00 | Joséphine de Boisséson

Depuis deux jours, les habitants du quartier populaire du Neuhof, tout proche du village autogéré, deviennent spectateurs ou acteurs des affrontements avec la police.

Depuis le début du contre-sommet le 1er mars, les forces de l’ordre semblent vouloir empêcher toute tentative des villageois de s’approcher du centre-ville, soit par des contrôles « appuyés », soit par des barrages renforcés. Mais cette stratégie pourrait se retourner contre eux. En effet, que ce soit lors de la manifestation violente de jeudi après-midi ou de celle d’hier, les manifestants, partis du village, au sud de Strasbourg, se sont chaque fois repliés vers le quartier du Neuhof, ce quartier populaire aux habitats à loyers modérés, composés en grande partie de travailleurs pauvres. Pour l’instant, les habitants du quartier semblent hésiter entre la sympathie pour cette bande de contestataires et la crainte de faire les frais des affrontements avec la police.

Jeudi après-midi, vers 15h30, une manifestation de blocage s’élance à vive allure vers le centre-ville. A l’avant, les cagoulés en noir, à l’arrière les clowns et les jongleurs. Le mouvement est bloqué par les forces de l’ordre au niveau de l’hôpital militaire Lyautey, transformé en caserne. Les anti-Otan dressent des barricades avec le mobilier urbain, balancent pierres et autres projectiles sur les barrières policières. Les dégâts matériels sont importants. Une partie de la troupe bifurque vers l’intérieur du Neuhof. Accompagnés de jeunes du quartier, ils s’attaquent à un commissariat, ravagent les murs et récupèrent les scooters confisqués qui y sommeillaient. Poursuivis, ils tentent de se réfugier dans la forêt du Neuhof toute proche (au sud du quartier et à l’ouest du village). Il est alors 18h environ. Les participants, pris au piège dans les bois, décrivent des nuées de gaz lacrymogène, des tirs de flashball et des lâchers de chiens sans muselière. Et toujours l’hélico qui tourne au-dessus des arbres. Dans la panique, le groupe se disperse.

Comme pour tenter de faire diversion, vers 19h30, des barricades sont dressées sur les chemins au nord-est du village, vers la rue Stéphanie. Pendant une heure et demie, les forces de l’ordre et les anti-Otan vont s’affronter. Un journaliste allemand est blessé – une balle de flashball dans le ventre. La préfecture annoncera le lendemain 300 interpellations et 105 mises en garde-à-vue.

Hier après-midi encore, le Neuhof est le cadre de nouveaux incidents. Cette fois-ci, les clowns sont devant. La manifestation est bon enfant. Les clowns arrêtent les voitures, se prosternent sur le parvis de l’église catholique Saint-Christophe, se moquent gentiment des CRS postés là en barrage, toujours au niveau de la caserne Lyautey. Les habitants du quartier du Neuhof dont de nombreux enfants regardent, rigolent.

Vers 16h, des renforts de gendarmerie mobile sont appelés vers l’hôpital Lyautey. Les forces demandent à la foule de se disperser puis font usage de lances à eau à trois reprises et de lacrymos. Les clowns se replient, dans les fumées, vers l’intérieur du quartier et la forêt du Neuhof.

Au village, la nouvelle du gazage des clowns se répand. Un groupe de villageois se rassemble côté route de la Ganzau prêt à affronter les forces de l’ordre. Ils montent des barricades avec ce qu’ils ont sous la main. Le face-à-face avec les compagnies mobiles durera près d’une heure et demie. Sur le campement, la tension est extrème. L’accès à l’est du village est également bloqué par les forces de l’ordre. Ceux qui veulent accéder au village sont contraints de couper difficilement à travers champs. Grenades assourdissantes, gaz, survol d’hélicoptères... Des médiateurs rappellent aux villageois sur les barricades qu’il en va de la sécurité de tous, mais la bataille est déjà trop avancée. Vers 20h, les policiers se replient. Dans la soirée, la sérénité est de retour. Discussions paisibles à la cantine, musique sous chapiteaux et préparations des actions de blocage pour le lendemain.