Le TGV Est, première pierre d’un réseau européen

samedi 9 juin 2007 | 12:22 | Alain Peter

L’ouverture de la ligne Paris-Strasbourg, ce dimanche, marque une étape importante vers la construction, dans l’UE, d’un axe à grande vitesse.

Nous sommes en 2016 : le TGV Paris-Budapest quitte le quai de la gare de Strasbourg, direction le sud de l’Allemagne, puis l’Autriche, avant de terminer sa course dans la capitale hongroise, Budapest. Quelques minutes plus tard, le train Hambourg-Marseille s’arrête sur le quai voisin. À Mulhouse, il emprunte la nouvelle ligne Rhin-Rhône qui rejoint Lyon et relie la mer du Nord et la Méditerranée. 2016, Strasbourg est au coeur des lignes nord-sud et ouest-est de trains à grande vitesse en Europe. Cette position redonne sens à l’étymologie de son nom : la ville au croisement des routes. Du coup, même les Anglais ne remettent plus en cause le siège du Parlement européen…

Las, ce scénario mettra sans doute plus de temps à se réaliser. Certes, dès ce mois de juin, les TGV français traversent le Rhin jusqu’à Stuttgart et les ICE allemands vont de Francfort à Paris. Les temps de parcours entre ces villes en sont réduits d’environ un tiers. Mais ce n’est pas encore la véritable grande vitesse européenne, car faute de construction de voies spécifiques, les trains roulent en dessous de leurs possibilités sur une grande partie des parcours. Côté français, le TGV quitte Paris à la vitesse maximale jusqu’à Baudrecourt, en Lorraine, puis il emprunte la ligne classique jusqu’à Strasbourg ou Forbach.

La France prévoit de réaliser une deuxième phase de la ligne Est jusqu’à Strasbourg, mais son financement n’est pas encore bouclé. Côté allemand, la Deutsche Bahn aménage une grande partie des lignes pour autoriser des vitesses d’au moins 200 km/h entre Sarrebruck et Francfort et Strasbourg et Munich. Par ailleurs, l’Allemagne et la France ont décidé de construire un nouveau pont ferroviaire sur le Rhin, à l’est de Strasbourg. En revanche, la Deutsche Bahn n’envisage pas de construire une ligne nouvelle entre Stuttgart et Munich sur laquelle l’ICE pourrait rouler à 300 km/heure. Quant au futur tronçon entre l’Autriche et la Hongrie, il dépend pour beaucoup de fonds européens.

Toutefois, la Deutsche Bahn prévoit une nouvelle ligne Francfort-Mannheim à grande vitesse. Il est vrai que, vu d’Allemagne, il paraît plus intéressant de donner la priorité à la desserte Francfort-Paris qu’à celle de Munich-Paris. Les poids démographique et économique des deux villes et la perspective de relier à grande vitesse les deux principaux aéroports du continent renforcent cette hypothèse. Au détriment de l’étymologie de Strasbourg.