Strasbourg : le tandem risque la sortie de route

mercredi 27 février 2008 | 12:24 | Alain Peter

L’image avait frappé : après leur victoire en 2001, la maire de Strasbourg Fabienne Keller et le président de la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS) Robert Grossmann avaient enfourché un tandem UMP lors d’une réunion avec les employés de la municipalité. Une façon pour les deux responsables d’afficher leur entente alors que leurs prédécesseurs socialistes Catherine Trautmann et Roland Ries s’étaient entre-déchirés pour le pouvoir. La lutte fratricide des socialistes avait contribué à leur défaite, de même que la présence au second tour d’une liste menée par l’ancien adjoint au maire Jean-Claude Petitdemange.

Sept ans plus tard, Keller et Grossmann communiquent toujours sur l’image du tandem, au point qu’elle constitue un de leurs meilleurs arguments en vue d’une réélection. Par ailleurs, la prolongation d’un an des mandats municipaux par Sarkozy ne pouvait pas mieux tomber pour eux. Sans elle le tandem n’aurait pas achevé à temps l’extension du réseau de tramway, ni la construction du Zénith (une salle de spectacle). Qu’importe aux électeurs si plusieurs de ces chantiers, notamment celui du tramway, furent conçus pour l’essentiel par l’équipe socialiste : c’est celle de l’UMP qui les a réalisés. Et si l’arrivée du TGV à Strasbourg ne doit rien à Keller et Grossmann, elle confirme aux yeux des électeurs que la desserte ferroviaire de la ville s’est améliorée sous leur mandat.

En matière culturelle, le bilan est même flatteur : outre le Zénith, Strasbourg s’est équipé d’un musée Tomi-Ungerer, a développé la lecture publique et achève la construction d’une nouvelle bibliothèque. Toutefois, l’opposition regrette l’arrêt de plusieurs festivals, tel celui de Babel. Et l’échec récent de la ville dans sa candidature pour devenir capitale européenne de la culture en 2013 constitue un important revers pour le tandem.

Face aux sortants, le sénateur Roland Ries conduit une liste socialiste sur laquelle l’ancienne maire Catherine Trautmann occupe la 6e place. L’ex-ministre de la Culture désormais eurodéputée a laissé son rival de 2001 mener la bataille. Les militants communistes, qui ne se sont pas associés à cette liste à la suite des déclarations de Roland Ries se disant prêt à négocier avec le Modem pour le second tour, n’ont pu créer une autre liste.

Roland Ries pourfend l’autoritarisme du tandem. Il est vrai que les séances du conseil municipal sont souvent houleuses. Noms d’oiseaux et reproches de falsification des comptes rendus émaillent parfois les débats. Roland Ries se fait un plaisir de rappeler que la fiscalité locale a augmenté sous le mandat du tandem alors que ce dernier avait promis de la baisser. Enfin, alors que Strasbourg est le siège du Parlement européen, le candidat socialiste souligne que les eurodéputés sont de moins en moins longtemps en Alsace.

Pour le moment, les sondages donnent espoir à Roland Ries : sa liste l’emporterait au deuxième tour. Cependant, c’est peut-être la question des logements sociaux qui pourrait décider du scrutin. Sur ce sujet, le tandem reste discret sur son bilan. En effet, durant leur mandat, les quartiers périphériques de la ville ont certes connu des rénovations importantes du parc immobilier, mais souvent au prix d’une réduction du nombre de logements sociaux. La question est d’autant plus sensible que plus de 16 000 demandes de logements sociaux sont en attente dans la CUS. Une étude de l’Agence de développement et d’urbanisme de Strasbourg (ADEUS) souligne qu’en matière de logements sociaux la CUS est « un territoire sous haute pression ». Roland Ries annonce vouloir construire 1 500 logements sociaux par an. Si cette revendication rencontrait un écho chez les électeurs des quartiers périphériques, elle pourrait permettre aux socialistes d’y améliorer leur score électoral qui y est en général plus faible que dans le riche centre-ville. Et ainsi faire pencher la balance en leur faveur.

Dernier paramètre de cette élection très ouverte : la présence d’une liste Modem-Verts. Menée par Chantal Cutajar, une ancienne adjointe de Keller entrée en dissidence en 2002, elle compte dans ses rangs l’ancien secrétaire national des Verts, Yann Wehrling. Créditée d’à peine 5 % des voix par les sondages, cette liste pourrait jouer un rôle crucial lors des négociations entre les deux tours de scrutins.