Ahmed Meguini libre

mercredi 16 octobre 2002 | 12:28 | Alain Peter

Le militant altermondialiste est sorti de la prison de Strasbourg après avoir purgé une peine de trois mois.

Le poing levé, plus combatif que jamais, Ahmed Meguini est sorti de la maison d’arrêt de Strasbourg, hier matin vers 10 h 30. Accusé d’avoir fracturé le poignet d’un capitaine de police et d’en avoir injurié un autre, le 24 juillet à Strasbourg (l’Humanité du 23 août), il a purgé une peine de trois mois de prison pour des faits qu’il nie catégoriquement avoir commis. Une peine que la cour d’appel de Colmar avait confirmée le 8 août.

· peine avoir embrassé sa mère et des amis qui l’attendaient, Ahmed Meguini s’est insurgé contre la manière dont il a été condamné : « Je suis heureux de sortir et de voir les gens qui m’ont soutenu depuis le début contre cette injustice. Mais je suis aussi un peu amer, car j’ai été condamné. La parole d’un seul policier, contredite par celles de deux autres policiers et plusieurs témoins a suffi pour m’envoyer en prison. J’étais venu à Strasbourg en pensant y passer trois semaines, et finalement je suis resté trois mois. » Ahmed Meguini voit dans sa condamnation « une volonté de faire taire, une tentative de museler les acteurs du mouvement social et politique. Justice et police criminalisent et terrorisent les militants alors que le militantisme est la forme suprême de l’affirmation de la citoyenneté ». Ce manque de reconnaissance de l’action militante traduit un véritable « déficit démocratique ».

Revenant sur l’action estivale du réseau No Border à Strasbourg, Ahmed Meguini a souligné qu’il faut y voir « une forme d’expérimentation politique menée par des jeunes qui essayent de créer un monde sans frontières ». « C’est vrai qu’il y a eu quelques débordements et des tags, a-t-il concédé. Mais on n’a voulu voir dans ces manifestations que des violences et on ne s’est jamais intéressé au message que portaient ces tags, a-t-il regretté. Pour finir, la police a tabassé et tiré au Flash Ball contre des jeunes qui ne veulent pas se contenter de glisser un bulletin dans l’urne lors des élections. »

Se disant « plus déterminé que jamais » à continuer le combat pour les libertés, Ahmed Meguini a aussi salué l’action des dix-sept jeunes qui ont occupé, le 23 août dernier, des locaux strasbourgeois du ministère de la Justice pour protester contre ses conditions de détention. Les dix-sept avaient été délogés par l’intervention du Groupement d’intervention de la police nationale (GIPN) et accusés de prise d’otages par le vice-procureur de la République (l’Humanité du 4 septembre). De même a-t-il remercié l’Humanité pour le soutien que lui a apporté le journal.

Enfin, il a dénoncé ses conditions de détention. « Je suis resté pendant 38 jours en isolement total parce que l’administration pénitentiaire craignait que je transmette mes idées à d’autres détenus. Cela me paraît en contradiction avec les valeurs que professe la République », a-t-il souligné. En revanche, il a tenu a saluer la qualité du travail des personnels de la prison.