Référendum européen : interrogations et insatisfactions chez les militants PS

lundi 11 octobre 2004 | 12:35 | Alain Peter

À Vendenheim, près de Strasbourg, François Hollande et Arnaud Montebourg se sont opposés.

Strasbourg vaut bien un banquet, ont dû se dire François Hollande et Arnaud Montebourg. Les deux ténors se sont livrés jeudi dernier à Vendenheim, près de Strasbourg, à un duel d’orateurs sur le thème de la constitution européenne, devant quelque 400 militants réunis pour la fête annuelle de la fédération socialiste du Bas-Rhin. Enjeu : le choix des militants dans une fédération symbolique puisque le Parlement européen siège à Strasbourg.

T-shirts « Libres de dire non » pour les Jeunes socialistes, pancartes « Oui à la constitution » pour d’autres : dès le début de la soirée, les militants dont le choix est déjà arrêté le faisaient savoir, transformant par moments la salle en bruyante arène. La fédération du Bas-Rhin est dirigée par le courant Nouveau Parti socialiste (NPS) d’Arnaud Montebourg, défenseur du « non ». Coqueluche des militants, ce dernier l’emporte à l’applaudimètre, mais la plupart des militants s’avouent hésitants, tiraillés entre le oui et le non. « Les opinions évoluent dans tous les sens, elles ne sont pas figées », constate Holga. Forte d’un demi-siècle d’expérience militante, elle compare le débat en cours avec « celui sur le projet de Communauté européenne de défense (CED) dans les années cinquante ». Holga a lu le texte de la constitution et, pour elle, « c’est évident, il n’y a pas d’Europe sociale dans le traité ». « Ce serait une drôle de chose si la fédération du Bas-Rhin votait non lors de la consultation », ajoute-t-elle.

Pancarte pour le oui en main, Yves, la cinquantaine et deux années d’adhésion au PS, veut que « le débat permette de clarifier les enjeux ». « D’abord, il nous faut nous unir sur la finalité : quelle Europe voulons-nous ? Ensuite, discuter de stratégie pour atteindre notre objectif. Le « non » serait une catastrophe, car il casserait l’outil que représente l’Europe », explique-t-il. S’il veut que le débat ait lieu, Yves n’envisage cependant pas de changer d’avis. « D’ailleurs la majorité des militants sait déjà ce qu’ils vont voter », affirme-t-il. Partisan du « non » et membre des Jeunes socialistes, Syamak veut aussi le débat, mais « je veux être proche des populations, pas de Blair et de Schröder, dit-il. La consultation des militants est une bonne chose, mais il ne faudrait pas que certains dramatisent le « non ». »

Entre plat de résistance et fromage, Arnaud Montebourg et François Hollande se succèdent à la tribune. Près d’une heure de discours pour chacun. Arnaud Montebourg choque nombre d’auditeurs quand il dresse un bilan critique des traités européens soutenus par le PS ; François Hollande hérisse ses auditeurs quand il affirme qu’en Europe « le PS le plus à gauche est celui qui reste le plus longtemps au pouvoir ». Puis, les militants passent au dessert, sans pouvoir poser de questions aux débatteurs. Les partisans déclarés du « oui » et du « non » campent sur leurs positions, tandis que la majorité reste sceptique. « C’est vrai que Montebourg apporte davantage d’arguments sur le fond, mais je crois qu’il serait utopique de dire « non » à la constitution », estime Marielle. Nouvelle adhérente au PS, Marielle « veut prendre le temps de réfléchir ». Une volonté partagée par beaucoup de militants qui craignent les conséquences du « non » à la constitution. Notamment sur les chances du PS de regagner Strasbourg aux prochaines élections municipales et sur l’unité du parti.

À ce débat sur le fond, se superpose un autre sur la manière dont la discussion s’organise au sein du parti. D’un côté, ceux qui estiment que ce genre de duels d’orateurs peut faire avancer la réflexion. De l’autre côté, ceux qui pensent qu’une réflexion approfondie suppose que le débat soit aussi mené dans les sections, au vu du texte du traité de constitution.