Les salariés d’Aventis à Strasbourg pour sauver Romainville

mercredi 15 mai 2002 | 12:36 | Alain Peter

Les salariés de Romainville, à l’invitation de la CGT, ont organisé une manifestation lors de l’assemblée générale des actionnaires de leur entreprise à Strasbourg.

Une quarantaine de salariés du centre de recherche d’Aventis de Romainville (Seine-Saint-Denis) se sont rappelés hier au bon souvenir des actionnaires d’Aventis, réunis à Strasbourg en assemblée générale. « Pour la santé, la sécurité alimentaire : halte aux massacres de nos sites ! », proclamait une banderole devant laquelle passaient les actionnaires attendus au Palais de la Musique et des Congrès. · l’invitation de la CGT, ces salariés ont fait le déplacement en bus de Romainville jusqu’à la capitale alsacienne pour « interpeller les actionnaires, l’opinion publique et les pouvoirs publics face aux projets de réorganisation qui menacent le site de Romainville », affirmait Christiane Chasseloup, déléguée CGT. Le centre de recherche de Romainville est réputé pour son savoir-faire en de nombreux domaines pharmaceutiques (endocrinologie, anti-infectieux, antalgique, etc.) et pour les médicaments issus de ses laboratoires. Depuis la fusion du français Rhône Poulenc et de l’allemand Hoechst, qui a donné naissance à Aventis en 1999, il est l’enjeu d’une lutte entre la direction de la multinationale et ses salariés. Dans un premier temps, Aventis a tenté en vain de vendre le site. Devant cet échec, la direction présentait, en avril 2001, un projet de transfert de près de 800 emplois de Romainville vers d’autres sites. Sur plainte de la CGT, de FO et du comité d’entreprise, ce projet a été condamné deux fois par les tribunaux parce qu’il ne prévoyait pas de plan social pour les salariés qui auraient refusé la mutation obligatoire. Ces jugements ont obligé la direction d’Aventis à geler ces projets de transferts, mais ils n’ont pas empêché l’emploi de fondre à Romainville au rythme d’un tous les deux jours. « Il y a trois ans, nous étions encore plus de 2 000 salariés à Romainville, aujourd’hui nous sommes environ 1 300. Par petits bouts, les activités s’en vont et le site perd en cohérence et en capacité », s’insurge Robert Bonnet, secrétaire CGT au comité central d’entreprise d’Aventis. Les salariés s’attendent à présent à l’annonce par la direction d’une nouvelle mouture du plan de réorganisation avant le 1er juillet. Celui-ci pourrait s’inspirer de l’étude de l’agence de consultants Boston Consulting, dont la CGT a eu connaissance grâce à une fuite : « Sur les trois scénarios prévus par Boston, deux prévoient la fin de la recherche à Romainville », souligne Robert Bonnet. Prenant à contre-pied la direction, les salariés élaborent leurs propres propositions. « Les centres de recherche sur le médicament pourraient être déclarés d’intérêt public, suggère Thierry Bodin, statisticien. Par exemple, nous avons à Romainville un laboratoire spécialisé dans la pharmacologie de sécurité qui consiste à tester les effets secondaires d’un médicament chez l’animal. C’est le genre de laboratoire qui pourrait s’ouvrir à d’autres recherches, menées par d’autres équipes, privées ou publiques, dans le cadre d’un groupement d’intérêt public. » Autre piste de réflexion : la remise en cause des normes de rentabilité financière qui bloquent le développement de nouvelles molécules prometteuses pour la santé publique si leur commercialisation n’atteint pas un seuil financier minimal. Conseiller général de Noisy-le-Sec et candidat du Parti communiste aux législatives à Romainville, Gilles Garnier a également fait le voyage de Strasbourg. « Les salariés d’Aventis font des propositions et les élus essayent d’alerter les pouvoirs publics, mais cela ne suffit pas, constate-t-il. Il faut s’attaquer à la racine du mal. Oui ou non, la France et l’Europe ont-elles besoin de conserver et développer un potentiel de recherche en médicament ? Si c’est non, on laisse le leadership aux États-Unis. Si c’est oui, les pouvoirs publics doivent intervenir et fixer des règles. Dans le cas d’une entreprise comme Aventis, qui représente un intérêt stratégique, fait des profits mais ne les réinvestit pas dans la recherche, il faut imaginer des dispositifs contraignants. Il faut responsabiliser socialement Aventis. » Les manifestants ont également reçu le soutien de Sylviane Ainardi, députée européenne. Elle les a invités à venir à Bruxelles, les 29 et 30 mai prochains, lors d’une session du Parlement européen. Ils pourront y exposer leur situation et solliciter le soutien des élus européens.