Échanges doux-amers au PS

lundi 29 novembre 2004 | 12:39 | Alain Peter

Au-delà de l’affrontement sur le traité de constitution, le désaccord s’étend au projet socialiste pour 2007.

Prendre date en vue des élections de 2007 : tel semblait être le souci des participants au débat sur le traité constitutionnel européen organisé mercredi soir à Strasbourg par la fédération du Bas-Rhin du parti socialiste. Car plus approche l’échéance du 1er décembre, jour où les militants socialistes doivent se prononcer pour ou contre le traité constitutionnel, plus le débat déborde la question européenne et s’étend au bilan et au projet des socialistes.

Profitant de la session du Parlement européen, la fédération avait invité les députés européens, Vincent Peillon, Henri Weber et Stéphane Le Foll, ainsi que la députée française Élisabeth Guigou et le premier secrétaire de la fédération du Nord, Marc Dolez. Temps de parole minutés pour chaque camp, possibilité donnée à la centaine de personnes présentes de poser des questions et d’intervenir : ce débat fut plus intense que les précédents (voir l’Humanité du 3 novembre). Acharné, par moments, tant les positions paraissent inconciliables. La politesse affichée (« Cher Henri… », « Chère Élisabeth… ») masquait à peine une rivalité à fleur de peau. Ainsi, pour chaque citation du traité par Marc Dolez pour dénoncer son « libéralisme », Élisabeth Guigou répondait par d’autres citations pour démontrer que le texte est « un compromis entre conservateurs libéraux et sociodémocrates ». La partie III du texte focalisait les oppositions. Pour Henri Weber, « cette partie constitue une anomalie majeure, car les politiques énumérées ne sont pas neutres et entravent l’action publique ». « Faux ! lui répondait Élisabeth Guigou, ce texte est neutre. Il n’interdit ni n’oblige à mener une politique. Faire du texte le bouc émissaire du chômage et de la faible croissance, c’est dédouaner Chirac et Raffarin de leurs responsabilités. »

De la lecture du texte, les intervenants sont passés au bilan européen des socialistes. Marc Dolez comparait les revendications des socialistes lors des élections européennes avec les dispositions du traité et concluait que le compte n’y est pas. Vincent Peillon affirmait que « le bilan des exigences et des conditions posées par le passé montre qu’elles n’ont pas été respectées ». Élisabeth Guigou soutenait que ce texte enregistrait des progrès dans le domaine de la démocratie, de l’Europe sociale et de la politique extérieure conformes, pour une grande partie, aux objectifs du congrès de Dijon de 2003. Conclusions : pour Élisabeth Guigou, « l’idée d’une crise salutaire est une mystification. Elle nous isolerait en Europe, nuirait à l’unité du parti et nous handicaperait pour les élections en 2007 ». Au contraire, pour les opposants, « il faut marquer un coup d’arrêt et renégocier le traité, car les électeurs ne sont pas dupes du fossé croissant entre nos discours et la réalité de ce que nous faisons », selon Henri Weber.

Au-delà de ces désaccords, le débat de mercredi soir a aussi révélé les divisions des socialistes dans la perspective des élections de 2007. « Il faut voir les conséquences de notre vote. Avec quel partenaire négocierions-nous un nouveau traité ? Si on est pour le « non », alors il faut aussi signer l’appel de la fondation Copernic en - compagnie de Mme Buffet et de la LCR », assène Stéphane Le Foll. Du coup, il se fait prendre à parti par une militante : « Nous avons plusieurs fois gouverné avec le PC et j’espère que nous le ferons encore. Vous sentez-vous bien à dire « oui » à ce texte avec le MEDEF ? »

Un autre militant souligne : « Je n’ai pas d’ennemis à gauche et je n’ai pas d’amis à droite. » C’est le moment que choisit Vincent Peillon pour souligner que « nos désaccords ne peuvent pas être tranchés par des arguments juridiques, car ils sont politiques. Nous avons un désaccord de fond sur l’appréciation que nous faisons de la situation : la crise est-elle devant nous ou bien est-ce qu’elle est là ? Et quelles conclusions en tire-t-on ? » Prenant du recul par rapport au débat en cours, Vincent Peillon affirme que « nous sommes au début d’un parcours. Demain, nous ouvrirons aussi des débats sur la démocratie sociale, la redistribution des richesses. Il nous faut construire une doctrine pour tracer un programme ».