En Alsace, les camions se jouent des contrôles

jeudi 15 décembre 2005 | 12:39 | Alain Peter

Une taxe sur les poids lourds en Allemagne les a fait fuir vers l’Alsace. Les contrôles, côté français, n’ont pas arrangé la situation.

Des coups d’épée dans l’eau. Voilà à quoi se résume l’action des pouvoirs publics français depuis l’augmentation du nombre de camions en circulation sur les routes alsaciennes. Près de 2 000 camions quotidiens supplémentaires empruntent les routes de l’est de la France depuis que l’Allemagne a instauré, le 1er janvier 2005, une taxe sur les poids lourds (voir l’Humanité du 2 août 2005). Un trafic supplémentaire que l’augmentation des contrôles n’a pas enrayé.

En grande pompe, le ministre de l’Industrie, François Loos, avait annoncé, le 3 décembre, à Strasbourg, une augmentation des contrôles de camions. Le ministre alsacien prétendait « rendre l’arrivée sur l’autoroute A35 moins attractive pour les poids lourds qui prennent l’Alsace pour une déviation. En quelque sorte, c’est la dissuasion par l’intensification des contrôles inopinés des poids lourds aux entrées de la région ». De fait, le nombre de contrôles a doublé en 2005. Cette augmentation quantitative est complétée, depuis septembre, par un changement qualitatif. Une ou deux fois par mois, pas moins de sept services différents de l’État unissent leurs compétences pour une opération commune. Selon Thierry Gindre, responsable du service économie et professions à la direction régionale de l’équipement (DRE), l’augmentation des contrôles est utile pour la sécurité routière. En effet, depuis le 1er janvier 2005, le nombre d’accidents impliquant des camions sur les routes alsaciennes a augmenté d’un tiers, tandis que le nombre de perturbations (pannes, déchargements accidentels…) a doublé.

Toutefois, les camions roulent toujours autant en Alsace. Car force est de constater qu’« il n’y a pas de baisse du trafic de camions », selon Éric Wernert, responsable des unités de contrôle transport à la DRE. De plus, les contrôleurs ne notent pas d’augmentation du taux d’infraction. La dissuasion du trafic par l’intensification des contrôles s’avère donc illusoire. Entre le risque supplémentaire de se faire contrôler en Alsace et l’économie de 15 euros de taxe, les camionneurs n’hésitent pas. « Les bouchons à Strasbourg sont plus dissuasifs que les contrôles », ironise un des organisateurs de ces derniers.

Dissuasion et répression en échec, les yeux se tournent vers d’autres mesures que pourraient prendre les pouvoirs publics. En juillet dernier, les collectivités locales avaient commandé une étude sur « les mesures (…) notamment les différents systèmes de péage routier, qui pourraient être mises en oeuvre (…) pour permettre de limiter au maximum ce report de trafic ». Les conclusions de l’étude étaient promises pour la fin 2005 ; aujourd’hui, elles sont annoncées pour février ou mars prochains. Officiellement, des raisons techniques expliqueraient ce retard. À moins qu’il ne soit dû à des désaccords entre les collectivités locales et l’État. En effet, les premières semblent favorables à l’instauration en Alsace d’une taxe sur les camions, mais le gouvernement s’y refuserait. Et pendant ce temps, les camions roulent.