Islamisme. Le PMF lance une OPA sur les musulmans

samedi 17 janvier 2004 | 12:44 | Alain Peter

Chercheur au CNRS à Strasbourg, spécialiste de l’organisation de l’islam en Europe, Franck Frégosi analyse l’émergence du Parti des musulmans de France (PMF).

Quel est le véritable rayonnement du PMF ?

Franck Frégosi. Je suis extrêmement surpris par l’écho que rencontre le PMF, car il s’agit d’un groupuscule marginal qui ne revendique que 2 000 adhérents, la plupart à Strasbourg. Il semble surtout recruter parmi les musulmans franco-algériens, notamment des harkis, mais il compte aussi quelques non musulmans, par exemple des autonomistes alsaciens. Ses manifestations attirent également des musulmans turcs. Les présidents d’associations des mosquées refusent au PMF leur soutien lorsqu’il organise des manifestations. Soucieux d’intégration à la société française, ils ont organisé autour du PMF une sorte de cordon sécuritaire, car ils ne veulent pas lui être associés. Le PMF est aussi marginal au sens politique avec son discours « ni droite, ni gauche » et sa condamnation de l’establishment politique, même s’il n’a pas le monopole de ces thèmes.

L’appel du PMF à manifester ce samedi à Paris contre la loi sur la laïcité a-t-il une chance d’être entendu ?

Franck Frégosi. L’actualité sert le PMF. Elle lui donne une occasion de tenter une implantation nationale. En fait, on assiste de sa part à une véritable tentative d’OPA sur la contestation de la loi sur la laïcité. Il essaye de capter à son profit le réel ressentiment, voire l’exaspération d’une partie des musulmans choqués par l’interdiction des signes ostensibles d’appartenance religieuse à l’école. En effet, cette loi provoque un désarroi à la base dans la communauté musulmane. Une partie d’entre elle veut réagir et manifester contre la loi. Les responsables des grandes associations musulmanes (Union des organisations islamiques de France et Conseil français du culte musulman) sont sous la pression de cette base. Si ces organisations ne font rien, le PMF va capitaliser à son profit cette insatisfaction. Il est donc possible qu’une partie des musulmans se laissent séduire par l’appel du PMF et aillent manifester.

Quelle idéologie véhicule le PMF ?

Franck Frégosi. Jusqu’à récemment, les causes internationales constituaient sa référence principale : la situation au Proche-Orient, les guerres en Afghanistan et en Irak. Sa condamnation du sionisme flirte parfois avec un antisémitisme latent : distribution de cartes de Palestine sur lesquelles n’apparaît pas Israël, liens avec des révisionnistes comme Serge Thion, édition d’un soi-disant « manifeste judéo-nazi d’Ariel Sharon »… Le PMF tient un discours populiste, comme si la communauté musulmane constituait une entité globale, alors qu’en réalité elle est diverse. Ce discours général du PMF se heurte cependant aux réalités locales où les rivalités de personnes l’emportent souvent sur les motivations idéologiques. Par exemple, à Strasbourg, le PMF s’est opposé à la construction d’une grande mosquée, qui devrait pourtant correspondre à l’intérêt collectif de tous les musulmans, car il y voit un projet de la communauté marocaine, alors que lui-même recrute plutôt parmi les Franco-Algériens.

La création d’un parti musulman est-il une originalité française ?

Franck Frégosi. La naissance de partis arabo-musulmans est un phénomène européen. Par exemple, en Belgique, s’est créée une Ligue arabe européenne, tandis qu’en Italie un parti similaire a vu le jour. Il ne s’agit pas de branches locales de partis originaires de pays musulmans, mais de nouveaux partis qui naissent de l’intérieur des sociétés européennes où vivent des communautés musulmanes.