Alsace, la guerre des TER

vendredi 8 juin 2007 | 12:45 | Alain Peter

La région profite de l’arrivée du TGV pour augmenter le nombre de trains régionaux. Mais au détriment de l’emploi.

C’est l’effet domino appliqué aux trains : encouragé par l’arrivée du TGV, le transport express régional (TER) va entrer dans une nouvelle phase de croissance en Alsace. Le nombre de trains passe de 550 à 630, soit une augmentation de 14,5 %, y - compris une vingtaine de grandes lignes transférées aux régions de l’Est. Ils desserviront 330 arrêts en plus et proposeront 28 % de places supplémentaires. L’ensemble des horaires a été revu : « On a tout enlevé et tout reconstruit », commente Marie-Pierre Meynard, directrice de la région SNCF de Strasbourg. « Quel que soit l’endroit où ils habitent, où ils travaillent, les Alsaciens pourront bénéficier de l’effet TGV », clame Hubert Haenel, vice-président du conseil régional d’Alsace. L’objectif est de faire grimper de 15 % en deux ans le nombre de voyageurs qui empruntent les trains régionaux.

Pour autant, tout n’est pas rose dans le TER alsacien. Les cheminots craignent que l’augmentation du nombre de trains entraîne une dégradation de leurs conditions de travail. Ils rappellent que l’emploi a baissé de 1,5 % l’an passé. Intarissables quand il s’agit de décrire l’offre de trains, la SNCF et le conseil régional deviennent évasifs face aux questions sur l’emploi. Marie-Pierre Meynard estime que l’arrivée du TGV et la nouvelle offre de TER devraient se traduire, « tous métiers confondus, par 50 à 60 emplois supplémentaires, dont une vingtaine chez les conducteurs ». Du moins en juin, car elle ne garantit pas que les départs naturels du deuxième semestre seront remplacés. D’autant que la SNCF vise « des gains de productivité de 5 % par an », soit l’équivalent de 300 emplois sur les quelque 6 000 de la SNCF en Alsace.

« Augmenter l’offre de trains sans renforcer l’effectif, c’est risquer de perdre l’élan donné par l’arrivée du TGV, prévient Patrick Sandrin, secrétaire général des cheminots CFTC d’Alsace. Non seulement l’arrivée du TGV et l’augmentation du nombre de TER ne créent pas d’emplois mais, au contraire, je pense que fin 2007 l’effectif de la SNCF en Alsace aura diminué. » Une fonte des emplois qui deviendrait dangereuse pour la sécurité. « Nous constatons cette année une multiplication des incidents, souligne Claude - Jeanvoine, secrétaire adjoint des cheminots CGT de Strasbourg. Nous atteignons les limites physiologiques des conducteurs. Rien que parmi ces derniers, il faudrait créer une trentaine de postes supplémentaires. »

À l’origine d’une grève en décembre dernier, cette question tourne à l’affrontement entre les syndicats et le président du conseil régional d’Alsace, Adrien Zeller (UMP). Pour Pascal Wirsum, secrétaire général des cheminots CGT, « le problème, c’est la pression politique du conseil régional qui veut bien développer les trains, mais à coûts constants ».

Face à la critique, Adrien Zeller se cabre. Selon lui, les gains de productivité « ne remettent nullement en cause les garanties essentielles et tout à fait convenables des agents » de la SNCF. Au nom de la nécessité de « gérer au mieux le service public », il - invite à « regarder les exemples suisse et allemand ». « Nous sommes certes un peu plus chers que nos voisins, mais c’est le prix de la sécurité et de la considération sociale », assure Patrick Sandrin. Vues les réductions d’effectif à venir, les risques de collision entre les cheminots et la région Alsace promettent de se multiplier.