Istra : échec à la modération salariale prévue dans les 35 heures

dimanche 30 septembre 2001 | 12:46 | Alain Peter

Après une semaine de grève, les salariés d’Istra, à Strasbourg, filiale privée de l’Imprimerie nationale, obtiennent des augmentations de salaire et une correction de l’accord sur la réduction du temps de travail.

« C’est inespéré : je ne pensais pas qu’on obtiendrait autant ! » Délégué CGT de l’imprimerie Istra, Éric Loegel laisse exploser sa joie après la signature d’un protocole d’accord entre les représentants des salariés et la direction. Pendant une semaine, les 250 employés de cette entreprise de Schiltigheim, dans la banlieue strasbourgeoise, ont fait grève pour une augmentation des salaires de 10 %. Cet objectif est certes resté hors d’atteinte, mais les salariés ont obtenu une substantielle amélioration de leur sort.

En premier lieu, les salaires vont augmenter d’ici au 1er janvier prochain d’environ 370 francs bruts mensuels, soit de 2,5 % à 5 % en fonction du niveau de rémunération concerné. Avant le conflit, la direction ne proposait que 0,3 % d’augmentation. Cette hausse du salaire se décompose en une augmentation générale de 1 % et l’intégration au salaire de diverses primes que touchaient déjà les salariés : transport, présence, etc. De plus, les salariés ont repoussé certaines limites de la loi Aubry sur la réduction du temps de travail (RTT). En effet, l’« indemnité RTT » qui, en vertu de l’accord signé il y a un an, compense la réduction du salaire liée au passage du temps de travail de 39 à 35 heures, est désormais intégrée au salaire. En clair, le salaire n’est plus divisé en deux parties qui pouvaient évoluer différemment : l’une héritée d’avant l’instauration de la RTT, l’autre issue de l’application de la RTT.

Conséquence : à tâche égale, tout nouvel embauché d’Istra sera payé autant qu’un employé déjà présent dans l’entreprise au moment de la signature de l’accord sur la RTT. Enfin, l’accord révise à la hausse les dispositions de la loi Aubry qui prévoit une rémunération de 10 % des heures supplémentaires, en 2000, et de 25 % en 2001. En effet, chez Istra, le salarié sera payé 33 % de plus de la 35e à la 37e heure de travail supplémentaire, et 50 % de plus de la 37e à la 39e. De surcroît, le temps de pause est intégré au temps de travail.

Toutes ces avancées ont été obtenues alors que le passage aux 35 heures chez Istra s’est soldé par une quarantaine d’embauches en échange d’une clause de modération salariale. Istra est, depuis 1997, une filiale privée du groupe public Imprimerie nationale. La grève avait commencé le 11 octobre, alors que direction et syndicat entamaient une négociation sur les salaires. Entraînés par la CGT (majoritaire à 80 %) et la CFTC, les grévistes ont appuyé leurs revendications salariales sur une note d’un cabinet d’experts mandaté par le comité d’entreprise. Cette note rappelle que le taux horaire du salaire ouvrier en France a augmenté en moyenne de 10 % depuis 1995. Mais, chez Istra, les salaires ne suivaient qu’à peine la hausse du coût de la vie.

La direction s’est bien sûr efforcée de freiner l’ardeur revendicative des salariés en leur rappelant qu’Istra est en déficit. Selon elle, le salut de l’entreprise dépend des 150 millions de francs d’investissements prévus sur 3 ans, soit le taux d’investissement le plus élevé dans l’imprimerie française, selon une étude de la Banque de France. Tout à ses projets d’investissements, la direction a cependant négligé le facteur humain. Par la lutte, les salariés lui ont rappelé cette vérité, livrée par un gréviste : « Une machine sans conducteur qualifié et motivé, on ne peut pas la faire imprimer correctement ! »