Le dialogue reprend à Adelshoffen

lundi 24 juillet 2000 | 12:49 | Alain Peter

Les brasseurs d’Heineken lèvent leur ultimatum, des négociations auront lieu demain.

Heineken lâche du lest. Demain aura lieu une rencontre entre les grévistes d’Adelshoffen et la direction de la brasserie. Alors que les ouvriers ne menacent plus de faire sauter l’entreprise, la direction départementale du travail et de l’emploi se positionne en médiateur. Reportage.

De notre correspondant particulier.

C’est bien un succès pour les salariés puisque la direction revient à la table de négociation sans plus exiger en préalable l’arrêt de la grève. Mais direction et grévistes divergent sur l’ordre du jour de la réunion : pour la première, il s’agit « d’une nouvelle réunion sur le projet de réorganisation et les mesures sociales d’accompagnement », tandis que pour les seconds « il n’est pas question de discuter d’autre chose que de la reprise de l’activité de la brasserie, selon Thierry Durr, secrétaire du comité d’entreprise d’Adelshoffen. Le plan social n’est pas notre objectif. Si mardi c’est l’échec, nous exigerons du PDG, André Pecqueur qu’il vienne dans la brasserie », précise-t-il.

Suite à l’intervention du préfet du Bas-Rhin, Heineken satisfait aussi une autre revendication des grévistes : une réunion extraordinaire du comité de groupe de Heineken-Sogebra aura lieu entre le 7 et le 9 août, à Rueil-Malmaison. Pour saluer l’ouverture du dialogue, les grévistes suspendent sine die leur ultimatum de faire exposer des citernes à gaz.

Sur le thème de la sécurité, Thierry Durr a renvoyé la responsabilité sur la direction de Heineken : « Mais qui donc assure la sécurité des installations ici, s’est-il exclamé : c’est nous, les salariés en grève ! Un patron ne peut pas laisser une entreprise comme Adelshoffen au seul contrôle des salariés. C’est elle qui est légalement responsable de la sécurité, mais elle est absente. Nous, nous protégeons les citernes par peur que quelqu’un n’y mette le feu par provocation. Si nous partions, comme le demande la direction, il n’y aurait tout simplement plus personne et c’est alors que cela deviendrait vraiment dangereux. »

Vendredi, les grévistes ont reçu le soutien de Catherine Trautmann, présidente de la communauté urbaine de Strasbourg. Elle va demander à Heineken « davantage de précision et de transparence dans les informations délivrées aux salariés », et « des précisions sur la stratégie internationale de l’entreprise et ses répercussions sur les sites ».

Samedi, la direction nationale de la CGT est venue témoigner sa solidarité aux grévistes. « Hier c’était Mutzig, aujourd’hui Adelshoffen et demain ? » s’est interrogé Emmanuel Gruand, secrétaire fédéral de la Fédération nationale de l’agroalimentaire. Il a accusé Heineken d’avoir créé les conditions de la fermeture. « Heineken pille le savoir-faire et laisse derrière elle chômage et ruines industrielles », a-t-il déclaré. La CGT réclame la création d’un label bière d’Alsace, « sinon l’ensemble de la brasserie alsacienne va être détruite ».

Par ailleurs, le week-end a confirmé le courant de sympathie dont bénéficie les grévistes. Depuis mercredi dernier, près d’un millier de personnes, familles de grévistes, anciens d’Adelshoffen, simples habitants de la Communauté urbaine de Strasbourg, ont signé la pétition pour le maintien de la brasserie. Certains apportent des croissants, d’autres laissent de l’argent ou entrent dans la brasserie pour discuter avec les grévistes. Josyane, épouse d’un gréviste et employée d’une boulangerie située à 150 mètres derrière la brasserie a fait signer samedi près de 80 personnes entre 7 heures et 11 heures Elle est très contente d’avoir convaincu un touriste néerlandais. « Les gens qui habitent près de la brasserie signent la pétition, souligne-t-elle. La menace d’explosion ne les inquiète pas. Ils se disent qu’au pire, ils seront prévenus à temps. »

Un vide fait cependant mal au cour des grévistes : celui laissé par les salariés des deux autres brasseries Heineken de Schiltigheim. Ces derniers ne viennent pas manifester leur solidarité avec ceux d’Adelshoffen.