Des militants PS séduits par l’Île de la tentation

mercredi 1er décembre 2004 | 12:51 | Alain Peter

Dans le Bas-Rhin, une trentaine de réunions de sections du Parti socialiste ont précédé la consultation du 1er décembre.

« Ce débat me fait penser à l’Île de la tentation : on a envie de se laisser séduire par le « non », mais on se dit aussi qu’on peut faire avec le texte qui nous est présenté. » Émise vers la fin de la réunion de la section d’Illkirch, une municipalité socialiste au sud de Strasbourg, la comparaison de Claude soulève l’hilarité de la vingtaine de personnes présentes. Une trentaine de réunions de ce genre ont eu lieu dans le Bas-Rhin, en - novembre, pour - débattre du traité constitutionnel - européen avant la consultation des adhérents, le 1er décembre. Le scénario de ces - réunions a toujours été le même. Ainsi, dans les sections d’Illkirch, de Marne-Forêt-Noire, dans le centre de Strasbourg et de Kochersberg, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest, le débat européen a attiré un peu plus du tiers des adhérents, en majorité des hommes exerçant pour la plupart des professions intellectuelles ou - libérales.

La majorité des participants sait déjà, avant la - réunion, ce qu’ils voteront le 1er décembre. Mais, à l’instar de Claude, une minorité hésite encore. À chaque fois, le débat est précédé de deux interventions d’un quart d’heure de porte-parole du « oui » et du « non ». Nulle surprise dans leurs discours : les uns comme les autres reprennent des argumentaires rodés ailleurs (l’Humanité du 22 novembre). Cependant, à la réaction des adhérents lors de ces trois réunions de section, il est possible de distinguer les arguments qui marquent, les points faibles des deux camps et les craintes à la veille de la consultation.

Les partisans du « oui » en imposent avec l’argument de la continuité des choix européens du Parti socialiste. Pourquoi refuser aujourd’hui ce texte, fût-il imparfait, alors que le PS a approuvé tous les traités précédents ? Fonctionne aussi l’idée qu’un traité négocié entre vingt-cinq États ne peut constituer qu’un compromis, ainsi que la crainte d’être le seul Parti socialiste européen à le rejeter. Dans le Bas-Rhin, les adhérents sont forcément sensibles à l’affirmation que le traité confirme Strasbourg dans son rôle de siège du - Parlement européen. De leur côté, les partisans du « non » semblent marquer des points quand ils soulignent qu’il sera plus facile au Parti socialiste d’améliorer le traité s’il en - rejette une mauvaise mouture que s’il l’approuve d’emblée. Ils sont également convaincants quand ils affirment que la construction actuelle de l¹Union européenne plonge les pays dans une crise politique. Enfin, ils rencontrent la sympathie de leurs auditoires quand ils évoquent leur volonté de nouer des alliances à la gauche du PS et non pas à sa droite.

Les réflexions des - adhérents permettent aussi de cerner les points faibles des deux camps. Ainsi, les - adversaires du traité s’entendent souvent reprocher leur absence de propositions - alternatives. Il est vrai qu’ils expliquent toujours que cette constitution interdira à un gouvernement de mener une politique de gauche, mais ils ne décrivent jamais la politique que ce gouvernement devrait mener selon eux. De leur côté, les partisans du traité sont sur la défensive quand un participant compare les promesses électorales du PS lors des élections européennes avec la modestie des résultats.

À la veille du scrutin, les responsables des deux camps évoquent aussi leurs craintes. Les partisans du traité soupçonnent l’existence d’un « « non » honteux ». Selon cette théorie, de nombreux adhérents souhaiteraient s’opposer au traité au moment du vote, mais n’osent pas exprimer leur avis en public par peur des réprimandes. Pour leur part, les adversaires du traité craignent le réflexe légitimiste des adhérents alors que la plupart des grands élus socialistes du Bas-Rhin se sont déclarés favorables au traité. Une chose est cependant sûre : le débat européen a ébranlé l’équilibre interne de la fédération. Les compromis tactiques entre tendances qui avaient permis au Nouveau Parti socialiste de prendre la direction de la fédération au printemps dernier ont volé en éclats. Adversaire du traité, le premier - secrétaire fédéral Stéphane Fraize se retrouve ainsi minoritaire dans sa propre section Marne-Forêt-Noire.

Dans ces conditions, difficile de prédire le résultat de la consultation dans le Bas-Rhin. Certes, les deux camps s’attendent à une victoire du « oui », mais l’enseignement du scrutin résidera dans l’ampleur du score. Si le « oui » l’emporte d’une faible majorité, on en conclura que le débat européen a permis à l’aile gauche du parti de progresser. À l’inverse, si le « oui » l’emporte largement, cela indiquera que le PS s’inspire de plus en plus vers le modèle Blair-Schroeder.