Sarkozy annonce une fuite en avant libérale

vendredi 7 septembre 2007 | 12:53 | Alain Peter

En déplacement en Alsace, le président de la République prépare le terrain à de nouvelles réductions du coût du travail.

En visite en Alsace pendant deux jours, Nicolas Sarkozy a dû se défendre sur le front de la croissance économique. Alors que l’OCDE révise ses prévisions de croissance française à la baisse, le président affirme, dans une interview aux Dernières Nouvelles d’Alsace que « la croissance, je ne l’attendrai pas, j’irai la chercher. Si elle n’est pas assez forte, eh bien, j’irai encore plus loin dans l’allégement du coût du travail, dans la création des emplois de services et dans la réforme des 35 heures. » Face aux nuages contraires, Sarkozy opte donc pour la fuite en avant dans les réformes libérales.

En attendant des précisions sur ces nouvelles mesures, Nicolas Sarkozy s’est rendu à Mulhouse, hier. Le maire PS, Jean-Marie Bockel, a rejoint le gouvernement Fillon comme secrétaire d’État à la Coopération. Cette nomination a fait des vagues au sein de l’UMP locale. Sa chef de file, Arlette Grosskot, s’est sentie trahie : à quoi bon convaincre les électeurs de voter UMP si le président confie les postes au PS ? Pour la calmer, Sarkozy lui a offert quelques bonbons, comme la garantie de mener la liste UMP aux prochaines élections régionales dans le Haut-Rhin.

A mulhouse, le ps en crise

Réglées les questions d’ego à l’UMP, Sarkozy peut savourer les effets sur le PS local de sa stratégie d’ouverture. Sur la lancée de son entrée au gouvernement, Jean-Marie Bockel a annoncé son intention de mener une liste de « rassemblement » entre PS, UMP et Modem aux prochaines élections municipales. En représailles, le bureau national du PS a décidé, mardi, de dissoudre la section locale forte de 200 militants. Résultat, jeudi, Nicolas Sarkozy a eu la joie inouïe de visiter une ville dans laquelle le PS est en pleine crise.

En soirée, Strasbourg fut l’occasion de vanter le rapprochement entre universités et entreprises. D’abord à l’IRCAD (Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif) dont le directeur, Jacques Marescaux, a l’habitude recevoir du beau monde. Pouvoir opérer des patients à distance, via robot, cela impressionne. Mais l’intérêt du président de la République portait surtout sur la coopération entre organisme public et entreprises privées initiée par le professeur Marescaux. Puis ce fut au tour de Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie, de présenter au président ses idées sur l’avenir de la recherche lors d’une table ronde sur « l’avenir et la recherche en sciences de la vie ».

Avec trois autres scientifiques français de renom, Jean-Marie Lehn a créé le collectif Du nerf ! (Donner un nouvel essor à la recherche française.) Il milite pour le rapprochement des universités et des organismes de recherche (CNRS, INSERM, etc.) au sein de « campus de recherche » auxquels les établissements membres délégueraient les moyens humains et financiers. Pour lui, les organismes de recherche devraient être transformés en agences de moyens, chargées de financer des projets que leur soumettent les chercheurs. Pour les personnels, Jean-Marie Lehn propose de renforcer l’évaluation et la promotion au mérite. De quoi alimenter les projets de réformes de la recherche que promeut Nicolas Sarkozy.