Auchan : travailler plus sans compensation

lundi 3 juillet 2006 | 13:00 | Alain Peter

Grande distribution . Dans le Bas-Rhin, des salariés d’Auchan débrayent contre un changement d’horaires imposé sans concertation.

Samedi, 11 heures, dans le magasin Auchan de Illkirch, près de Strasbourg. Une quinzaine de salariés se regroupent près des caisses et entament une grève d’une heure sous l’oeil réprobateur de la direction. L’heure suivante, ils sont rejoints par une dizaine d’autres employés. Bis repetita, le soir, de 18 heures à 19 heures. Au même moment, le scénario se répète dans les deux autres enseignes Auchan du Bas-Rhin, à Hautepierre et à Schweighouse. Une centaine de salariés sur quelque 1 400 que compte l’entreprise dans ce département, se sont lancés dans ces débrayages pour s’opposer à la volonté de la direction de retarder d’une demi-heure la fermeture des magasins le samedi, à 19 h 30, à partir du 1er juillet.

« plus de vie de famille le samedi »

Annoncée fin juin, sans concertation avec les syndicats, ni proposition de compensation en temps ou en argent, la décision a déclenché un mouvement de protestation. Une première grève d’une heure a été suivie, le samedi 24 juin sur les trois sites. C’est à Schweighouse qu’elle a été la plus forte. À 18 heures, la quasi-totalité de la quarantaine de caissières ont quitté leur poste. La direction avait prévu le coup : les grévistes ont été remplacées au pied levé par les chefs de rayon et les cadres. Les caissières ont été rejointes par une trentaine d’autres salariés. Dans ce magasin, une pétition proposée par l’intersyndicale a recueilli 249 signatures de salariés. « C’est inadmissible que la direction nous impose ce changement d’horaires. Si cela passe, elle nous demandera encore autre chose, peut-être l’ouverture le dimanche…, estime Pascale, caissière au supermarché Auchan de Schweighouse. Si on ferme les caisses à 19 h 30, je ne sortirai pas du magasin avant 20 heures. Le temps d’arriver à la maison, la soirée est terminée. Je n’aurai plus de vie de famille le samedi soir. »

La concurrence du Hard-discount

La période choisie par la direction pour annoncer le changement d’horaires ne doit rien au hasard. À quelques semaines du début des congés, elle compte sans doute sur l’absence de nombreux salariés pour faire passer la pilule. Pour justifier sa décision, elle invoque la concurrence.

« De nombreuses entreprises concurrentes dans la région ferment à 20 heures », constate Benoît Théron, directeur du magasin de Schweighouse dans une lettre d’information adressée aux salariés le 23 juin dernier. De plus, le dirigeant se plaint d’une « baisse du chiffre d’affaire global de 5 % depuis 2003 ».

Pour Jean-Yves Lirot, salarié de Auchan Schweighouse et délégué régional de la fédération du commerce CGT, « les enjeux de ce conflit dépassent la question des horaires. La baisse du chiffre d’affaire est la conséquence de l’évolution de la grande distribution. Ces dernières années ont vu l’émergence du hard-discount et des prix bas, d’abord dans des magasins extérieurs à Auchan, maintenant dans Auchan même ». Or sur le hard-discount, le chiffre d’affaire et la marge bénéficiaire diminuent avec la qualité du produit. « Pour obtenir les mêmes résultats, il faut vendre beaucoup plus et vendre plus longtemps. Cela n’est pas possible sans augmenter les horaires d’ouverture, estime Jean-Yves Lirot. Mais cela revient à faire payer aux salariés la politique des prix bas avec lesquels on ne vend que des produits de mauvaise qualité. »