Pour les poids lourds l’Alsace est gratuite

mardi 2 août 2005 | 13:01 | Alain Peter

Transports. Les autorités restent passives, malgré l’augmentation sans précédent du nombre de camions qui transitent par l’Est de la France.

Environ 2 000 camions supplémentaires par jour sur les routes alsaciennes. Depuis l’instauration d’une taxation pour les camions sur les autoroutes allemandes, le 1er janvier dernier, l’Alsace enregistre une augmentation sans précédent du trafic des poids lourds (voir l’Humanité du 23 février 2005). Ces derniers passent en France pour éviter d’acquitter les quelque 15 euros du trajet sur l’autoroute entre Bâle et Karlsruhe. Malgré ce déferlement, les autorités françaises n’ont pris aucune mesure. L’État se contente de compter les camions supplémentaires. De leur côté, les collectivités locales alsaciennes commandent une étude sur la façon de maîtriser le flux des camions en transit. Coût de l’étude : 120 000 euros. Date d’application des mesures : inconnue. la Passivité des autorités françaises Pourtant, l’instauration par l’Allemagne d’une taxation sur les autoroutes n’a pas constitué une surprise. En préparation depuis 2001, cette mesure a fait l’objet de discussions avec la France. Elle a nécessité l’installation d’équipements en Alsace. Preuve que les autorités françaises étaient conscientes des enjeux, elles ont mis en place, en 2004, « un observatoire afin de disposer d’éléments factuels, car on savait qu’il y aurait des reports de trafic », rappelle Thierry Gindre, responsable du service économie et professions à la direction régionale de l’équipement. Les autorités françaises avaient donc tout le temps de se préparer, soit pour imiter l’Allemagne et instaurer une taxation similaire, soit pour réglementer le trafic supplémentaire attendu. Au lieu de quoi, elles ont longtemps espéré que l’Allemagne détaxerait les 110 kilomètres d’autoroute entre Bâle et Karlsruhe. En fait, la passivité des autorités françaises traduit la priorité qu’elles accordent au transport routier. Or, il n’existe pas de solutions à court terme au trafic supplémentaire de camions. Limiter leur vitesse, leur interdire la voie de gauche, instaurer une taxation : « Même si la France adoptait ces mesures, il est peu probable que la situation revienne exactement à ce qu’elle était avant l’instauration de la taxation en Allemagne. De nouvelles habitudes se sont créées chez les transporteurs », estime Thierry Gindre. Deux cent mille camions de plus La solution ne peut donc s’envisager que sur le long terme. « La taxation des poids lourds va dans le sens de l’histoire. Elle est un levier pour changer la priorité accordée au tout camion, analyse Michel Dubromel, président d’Alsace Nature. Mais elle ne suffira pas : il faut remettre en place une infrastructure ferroviaire permettant d’assurer le transport du fret et le subventionner, car il ne sera pas rentable face à la route. » Tout le contraire de la voie choisie par la France. « Le plan fret de la SNCF constitue une opération de démontage de l’outil ferroviaire, regrette Pascal Wirsum, secrétaire général des cheminots CGT de Strasbourg. Il se traduit depuis 2004 par quelque 200 000 camions de plus sur les routes françaises. Les pouvoirs publics feraient mieux de construire une nouvelle ligne dédiée au fret le long du Rhin. » Durant l’été, le nombre de camions devrait baisser, mais chacun s’attend à une rentrée surchargée sur les routes alsaciennes. L’exaspération pourrait alors monter d’un cran. Déjà, Alsace Nature prépare une manifestation pour fin septembre. De son côté, la CGT du Bas-Rhin réfléchit à l’organisation d’un débat, en octobre, qui réunirait tous les acteurs de la politique des transports. Pour sortir le débat sur les camions des enceintes technocratiques et le mettre sur la place publique.