Meguini fera ses troix mois

mercredi 9 octobre 2002 | 13:02 | Alain Peter

La cour d’appel de Colmar a mis fin, hier, au calvaire d’Ahmed Meguini. En présence de José Bové et d’une centaine de manifestants venus le soutenir.

Enfin libre ! La cour d’appel de Colmar a refusé hier d’aggraver la peine de trois mois de prison qu’Ahmed Meguini purge, accusé d’avoir fracturé le poignet d’un capitaine de police, le 24 juillet, à Strasbourg, lors d’une manifestation des altermondialistes de No Border (l’Humanité du 23 août). Il devait être libéré hier soir ou ce matin de la maison d’arrêt de Strasbourg. La cour a cependant confirmé le premier jugement prononcé le 21 août dernier et le tient donc pour coupable d’agression et d’outrage contre des représentants des forces de l’ordre. Des faits qu’Ahmed Meguini nie catégoriquement avoir commis. Cette « confirmation de peine, commente le Parti communiste, est en réalité la confirmation d’une tendance à criminaliser les militant(e)s ».

C’est en homme hésitant dans sa démarche et dans ses paroles, marqué par trois mois de prison dont une grande partie en isolement total, qu’Ahmed Meguini est entré dans la salle d’audience. Celle-ci était remplie d’amis du cofondateur du Mouvement spontané, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, de militants dont José Bové, qui a déclaré qu’Ahmed Meguini est « victime d’un procès fait à un militant qui se bat contre l’ordre établi. Ce qu’on lui fait est symbolique de l’ordre que veut faire établir Sarkozy ». Pendant ce temps, à l’extérieur, une centaine de personnes manifestaient leur solidarité avec l’inculpé.

· la barre, Ahmed Meguini a exprimé sa condamnation de la violence et fait valoir son engagement militant pacifiste. Puis, comme lors du premier procès, les débats ont tourné autour de la crédibilité des accusations des policiers. Victime d’une fracture du bras, le capitaine de police a confirmé ses propos : « Je suis certain que c’est Meguini qui m’a frappé. » Mais son récit devient flou quand il est interrogé sur la manière dont il a été blessé : est-ce par un coup porté à 1,5 mètre de lui ou bien par un rondin projeté par un individu se tenant à distance ? Ahmed Meguini était-il en tête ou bien en queue de cortège ? A-t-il ou non changé de vêtements entre le moment où il aurait frappé le policier et celui où il a été interpellé ? Était-il ou non porteur de gants blancs ? Ces demandes de précisions de la part de la défense ont eu le don d’excéder l’avocat général qui ne voit dans ces questions que des « détails ». Selon lui, il suffit qu’Ahmed Meguini ait été reconnu par les policiers pour que la justice puisse « remettre les pendules à l’heure dans cette affaire strictement pénale ».

A contrario, l’avocat d’Ahmed Meguini a souligné que l’accusation est incapable d’identifier avec certitude l’auteur de l’agression contre le capitaine de police et de l’outrage à un commissaire. Dans cette affaire, il y aurait eu « erreur » sur la personne d’Ahmed Meguini. Il en veut pour indice le fait qu’Ahmed Meguini n’a pas été interpellé le 24 juillet pour agression mais pour « attroupement armé » en compagnie de vingt-deux autres personnes. Ce n’est que par la suite que les enquêteurs lui ont attribué l’agression contre le capitaine de police après que les vingt-deux autres personnes eurent été relâchées. Ahmed Meguini servirait donc de bouc émissaire parce que les policiers n’ont pas réussi à interpeller le véritable auteur de l’agression.

Alors que l’avocat général a requis une peine de prison de 8 mois ferme, soit 5 de plus que ceux qu’Ahmed Meguini a déjà purgés, son avocat a demandé à la cour d’infirmer le jugement du premier procès. Dans sa plaidoirie, il est aussi revenu sur les conditions d’incarcération d’Ahmed Meguini : isolement total pendant six semaines, interdiction de visite. Des conditions exceptionnelles que le parquet a justifiées par l’appartenance d’Ahmed Meguini à un groupe militant. Mais pour l’avocat, en définitive, « si Ahmed Meguini est un homme dangereux, c’est parce qu’il a des idées et non pas parce qu’il aurait frappé un policier ».