Adelshoffen : fermeture et plan social

jeudi 27 juillet 2000 | 13:04 | Alain Peter

Le PDG de la brasserie alsacienne refuse de revenir sur la liquidation de l’établissement.

Les négociations entre direction et syndicat devaient déboucher hier soir un plan social amélioré et la fermeture du site. Reportage.

Que faire avec 88 millions de francs ? Cette question était au centre des négociations entre direction et salariés d’Adelshoffen, qui ont commencé mardi à Strasbourg, au siège de la Direction départementale du travail et de l’emploi (DDTE), et se sont poursuivies hier. Cette somme correspond au montant que Heineken serait prêt à mettre sur la table pour rayer de la carte la brasserie Adelshoffen.

Au terme de deux jours de négociations, direction et représentants des salariés semblaient près d’aboutir à un protocole d’accord qui devait ensuite être soumis aux salariés. En cas d’avis favorable de ces derniers, la brasserie pourrait fermer dès septembre.

Conduits par Thierry Durr, secrétaire du comité d’entreprise, les représentants des salariés ont tenté tout au long de l’après-midi de mardi de faire revenir Heineken sur sa décision de fermeture. « Pourquoi, observaient-ils, ne pas consacrer les 88 millions à une relance de la production dans une unité de bières en boîte et à un vrai centre de recherches ? » En vain. André Pecqueur, PDG de la brasserie d’Adelshoffen, aurait reconnu que la fermeture d’Adelshoffen était un objectif stratégique de Heineken. En clair : elle ne se fonde pas sur des raisons économiques, mais sur la seule volonté de la multinationale de conforter ses bénéfices. Sous les sarcasmes des salariés qui soulignaient le refus de Heineken d’affronter la concurrence, il a aussi écarté l’hypothèse de la reprise du site par un autre brasseur.

En fait, les deux délégations étaient arrivées dès mardi soir à un accord de principes. Sur les 88 millions de francs annoncés par Heineken, 25 à 30 millions seraient consacrés aux indemnités de licenciement et aux primes de départ. Une dizaine de millions de francs serviraient à nettoyer le site. Le solde financerait un cabinet spécialisé dans la reconversion de sites industriels pour qu’il trouve un repreneur qui ne soit pas dans la filière brassicole.

Les débats semblent aussi avoir avancé sur la question des reclassements. À la trentaine de postes proposés jusque-là par Heineken dans la brasserie de Fischer et à la vingtaine chez le transporteur Gondrand, s’ajouteraient une vingtaine d’emplois dans la brasserie Heineken à Schiltigheim, qui recourt beaucoup aux heures supplémentaires.

Restaient à préciser les chiffres et les modalités de l’accord. C’était l’objet de la deuxième rencontre, mercredi après-midi, toujours au siège de la DDTE. Cette réunion avait été précédée le matin d’une assemblée générale des grévistes d’Adelshoffen. Cette dernière a fait une croix sur la revendication du maintien d’une activité brassicole à Adelshoffen et a mandaté ses délégués pour négocier des reclassements et un complément au plan social. La grève dans l’usine, qui est spécialisée dans la production de bière et de panaché pour les chaînes de grande distribution, a été déclenchée le 18 juillet. Les salariés avaient alors menacé de provoquer l’explosion de deux citernes de gaz pour appuyer leurs revendications. Le groupe familial alsacien Adelshoffen a été acheté par la multinationale Heineken en 1996. Une centaine d’hommes et de femmes sont employés dans la brasserie.