Info Industrie coulé par Alcatel

mardi 22 janvier 2002 | 13:07 | Alain Peter

Les 222 salariés d’un site de production de composants électroniques occupent leur usine dans le Bas-Rhin.

« Nous occuperons l’usine aussi longtemps que nous n’aurons pas obtenu un véritable plan social ! » Aigris, désemparés, mais aussi déterminés à enfin se battre : les salariés de Info Industrie de Gundershoffen, dans le Bas-Rhin, occupent leur usine depuis vendredi matin. Ce site spécialisé dans les composants électroniques, notamment pour la téléphonie, est en liquidation judiciaire. Ses 222 salariés se retrouvent à la porte, sans même qu’un plan social n’ait été négocié. « Trop longtemps, on a été des béni-oui-oui. Alors cette fois, on se soulage de tout ce qu’on a sur le cour », explique Christine Pfeiffer, déléguée syndicale CGT. La direction nous a toujours dit : « Ne réfléchissez pas, travaillez ! On aurait mieux fait de réfléchir plus tôt, depuis le temps qu’on nous mène en bateau. »

Réfléchir par exemple au sort réservé à leur usine en lien avec la stratégie d’Alcatel, un géant mondial des télécommunications, dont le patron, Serge Tchuruk, s’est illustré en théorisant le concept « d’entreprises sans usine ». « Alcatel prétend qu’il ne licencie personne, mais ce sont les sous-traitants qui trinquent », soupire un salarié. En effet, dès 1994, le groupe décide de vendre Info Industrie, en même temps que deux autres usines dans le Bas-Rhin. Mais Alcatel continue, via ses commandes de matériel, de décider du sort de l’usine de Gundershoffen en s’engageant à fournir du travail pendant trois ans et à des prix supérieurs à ceux du marché, pour qu’elle puisse se constituer un capital suffisant. Par la suite, Info Industrie est resté un sous-traitant d’Alcatel, qui a toujours représenté au moins 25 % de ses ventes. Mais elle lui vendait désormais à pertes, comme l’a révélé une étude commandée par le comité d’entreprise à un cabinet d’experts-comptables.

Boom des téléphones portables aidant, tout semblait pourtant aller pour le mieux. En cinq ans, l’effectif de l’usine est même passé de 160 à près de 400 salariés. Au printemps 2000, Alcatel signait encore une lettre d’intention dans laquelle elle prévoyait de confier pendant deux ans à Info Industrie la production de téléphones de nouvelle génération, les WAP. Cette production a bien commencé en janvier 2001 et a obligé Info Industrie à investir 22 millions de francs dans l’achat de nouveaux équipements. Mais à peine deux mois plus tard, Alcatel mettait fin à ses commandes en raison de l’échec commercial des WAP. La descente aux enfers a alors commencé pour le sous-traitant : placement en redressement judiciaire, liquidation de la société, lettres de licenciement aux salariés. Ironie de l’histoire, le rachat des actifs d’Info Industrie est le fait de Woerth Electronique, une des deux autres usines vendues par Alcatel en 1994, également sous-traitante, qui a supprimé 97 emplois sur 259 en 2001.

Le jeudi 17 janvier, l’arrivée chez Info Industrie du PDG de Woerth Electronique a mis le feu aux poudres. Alors qu’il avait promis de réembaucher 32 salariés, il annonce qu’il n’en prendra finalement que 11. Le lendemain commence l’occupation des locaux administratifs de l’usine. Ils profitent du week-end pour fixer leurs revendications : au minimum 20 000 francs d’indemnités de départs, plus 10 000 francs par année d’ancienneté, un plan de reclassement fondé sur une proposition d’emploi ferme dans la région. Dans les jours à venir, ils vont négocier ces points avec des élus locaux, l’inspection du travail et les dirigeants d’Info Industrie. Et peut-être aussi se rappeler au bon souvenir d’Alcatel, qui dispose d’une importante usine à Illkirch, près de Strasbourg.