Quand le préfet tord la chronologie

mardi 7 avril 2009 | 14:47 | Alain Peter

Pour défendre l’action des forces de l’ordre, le préfet du Bas-Rhin manipule la chronologie des événements lors de la manifestation anti-Otan de samedi.

Des bâtiments en flammes, un quartier de la ville abandonné aux casseurs, le droit à manifester bafoué : mais pour le préfet du Bas-Rhin, le bilan des forces de l’ordre samedi lors de la manifestation anti-Otan est positif. « Strasbourg a fait mieux que Gênes et Londres car il n’y a pas eu de mort », a plastronné lundi Jean-Marc Rebière lors d’une conférence de presse organisée dans la précipitation pour parer à la polémique sur l’attitude de la police française. La preuve du succès : « le président Obama m’a personnellement félicité ».

Disert sur les louanges d’Obama, le préfet a voulu cacher que les forces de l’ordre ont mis près d’une heure et demi pour intervenir dans le quartier du Port du Rhin alors que les casseurs saccageaient des bâtiments. Selon lui, les policiers n’ont mis que 20 minutes pour arriver sur place après l’attaque de l’hôtel Ibis. Exacte sur ce point, la chronologie du préfet est cependant fallacieuse car elle oublie de mentionner que le bâtiment des douanes est attaqué par des émeutiers et incendié dès 12h45. C’est donc pendant au moins 1h30 que le quartier a été abandonné aux émeutiers par les forces de l’ordre françaises. Quant aux policiers allemands postés sur le Pont de l’Europe, ils ne seraient pas intervenus car « les règles d’engagement des forces de l’ordre ne sont pas harmonisées entre l’Allemagne et la France ». A ce propos, un syndicat de police allemand affirme que « les policiers français n’ont pas voulu » l’aide proposée par les collègues allemands.

Les autorités ont eu tout autant de mal à expliquer leur décision d’enfermer des manifestants pacifiques dans la souricière de la rue du Port-du-Rhin. Certes, dans la confusion des événements, ces derniers n’ont pas suivi le tracé prévu pour la manifestation. Pour autant, ils ne risquaient pas d’entrer en ville puisque un barrage hermétique les empêchait de traverser le pont d’Anvers. Dans ce cas, pourquoi une vingtaine de véhicules de police ont-ils suivi les manifestants dans la rue déjà bloquée à l’autre bout par un cordon de CRS, les empêchant ainsi de ressortir ? Dans un premier temps, Hervé Niel, contrôleur principal et coordinateur de l’Otan, plaide pour une volonté « d’éviter que les Black Block ne s’en prennent aux manifestants ». Devant l’inanité de l’argument, il finit par reconnaître « un problème de bonne information. On voulait laisser se disperser les manifestants mais sur place les policiers voulaient attraper des Black Block. C’est vrai que du coup les manifestants pacifiques ont été bloqués, mai tel n’était pas notre intention ».

Au moment même où le préfet tentait de défendre son action, le maire de Strasbourg, Roland Ries a diffusé un communiqué dans lequel il demande que « La lumière doit être faite sur les raisons qui expliquent que les casseurs ont pu avoir le terrain libre pendant près d’une heure, leur permettant ainsi d’incendier le bâtiment des douanes, le bâtiment abritant la pharmacie et l’office de tourisme et l’hôtel Ibis ». Visiblement, à la préfecture, la lumière n’est pas encore en vue.