Strasbourg « La police m’a empêché de bosser »

mardi 7 avril 2009 | 21:13 | Fabien Perrier

Le journaliste Hugo Hyat raconte comment des policiers ont voulu effacer des enregistrements d’interviews recueillies au « village autonome ».

Liberté de la presse bafouée. (vidéo MOASPRESS)

Pour camper, les jeunes anti-OTAN avaient obtenu un terrain en périphérie de Strasbourg. Alors qu’ils le quittaient, tranquillement, depuis la fin de la matinée, les forces de l’ordre ont encerclé le lieu dès 13 heures, contrôlant leurs affaires dans les moindres détails et effectuant des fouilles au corps. Hugo Hayat, journaliste reporter d’images indépendant, était présent avec un cameraman. Il raconte à l’Humanité comment il a été empêché de travailler.

Que s’est-il passé quand vous êtes arrivé près du campement hier ?

Hugo Hyat. Alors que je me rendais au village autonome pour des entretiens, je tombe sur un groupe en train de se faire contrôler, je me mets à filmer. Cent mètres plus loin, alors que la caméra tourne, second contrôle ; alors que j’avais laissé la distance de sécurité pour que les forces de l’ordre travaillent, un commissaire saute sur mon collègue cameraman, lui baisse sa caméra, lui dit : « Ne tournez pas », lui soulève son tee-shirt, le pousse violemment. Ensuite, il me fonce dessus, tape sur ma caméra et la met par terre. Lorsque je lui ai dit : « Regardez, j’ai un badge de l’OTAN, je suis des médias », il a répondu : « Je m’en fous. Carte de presse ! » Je lui présente. Mais il exige aussi que je lui donne la caméra, ce que je refuse. Ça dure un petit bout de temps. Comme je ne lâche pas la caméra, un de ses gars passe derrière moi, me fait une clé de bras et je me retrouve la tête sur un mur. J’étais un journaliste voyou ! Là j’entends : « Efface la cassette ! » Sous prétexte que ma carte de presse était périmée depuis trois jours, et même si j’avais un badge de l’OTAN, ils m’ont empêché de travailler.

Après ça, j’ai vu qu’un des policiers avait trouvé le mode pour effacer la cassette. J’attrape mon téléphone portable et appelle un confrère. Je lui dis : « Appelle tout le monde, appelle toute la presse » et lui donne ma situation géographique. Je hurle : « La police m’empêche de bosser, c’est hallucinant, il n’y a pas de liberté de la presse ! » Alors, j’ai pu récupérer ma caméra. J’ai demandé au commissaire pourquoi il avait fait ça ; il n’a pas répondu. Ils s’en sont allés sans me rendre ma carte de presse. Je repars de ce sommet sans ma carte de presse, confisquée, sans raison, et je ne sais pas où elle est à ce jour.

Pourquoi vous ont-ils empêché de travailler à votre avis ?

Hugo Hyat.Je n’en ai aucune idée parce qu’on filmait quelque chose de banal : un contrôle de routine. En plus, les premiers policiers m’ont regardé avec un petit sourire, laissant entendre qu’ils faisaient leur travail, moi le mien. Et c’est le commissaire qui m’a sauté dessus alors que mon badge était apparent. Je n’ai pas compris.