« Inutile d’être égyptologue pour prendre le train »

mardi 3 janvier 2006 | 21:49 | Alain Peter

David Asséo, délégué aux transports du canton du Jura, livre ses réflexions sur le rail.

Vous travaillez dans un canton frontalier avec la France. Comment percevez-vous la différence d’approche entre la Suisse et la France en matière de chemin de fer ?

David Asséo. La description que je vais faire est caricaturale, mais elle repose sur ma pratique du terrain. La France a une approche fondée sur la demande tandis que la Suisse mène une politique de l’offre. En France, si des études auprès des personnes susceptibles de prendre le train ne montrent pas l’existence d’une demande particulière, rien ne sera développé. En Suisse, on part du principe que si la fréquence des trains est élevée et que les choix sont multipliés, alors le public exprimera une demande pour le train qui n’a pas de chance de s’exprimer autrement. Les dépliants des horaires de train illustrent cette différence. En Suisse, la lecture du dépliant est simple : un train fait la ligne toutes les demi-heures ou toutes les heures, tous les jours. De plus, il est adossé à un réseau de correspondances de trains ou de bus. En France, il faut avoir fait des études en égyptologie pour comprendre tous les signes et renvois en bas de page de certains dépliants : tel train ne circule pas pendant les congés ou pendant les week-ends ; tel autre train ne roule que les vendredis ou les veilles de fête, etc.

Quel bilan tirez-vous de l’ouverture à la concurrence ?

David Asséo. Le bilan diffère selon les trafics voyageurs et marchandises. Pour le trafic voyageurs, nous avons constaté que les opérateurs régionaux font preuve d’innovations qui sont ensuite généralisées à l’ensemble du réseau. Par exemple, en matière d’éléments tarifaires ou de services à la clientèle. Pour le trafic marchandises, la forte pression engendrée par la concurrence, tant du transport routier que des autres entreprises ferroviaires, incite CFF Cargo, la compagnie publique suisse, à se concentrer sur les - marchés les plus importants aux marges plus intéressantes. On a l’impression qu’elle délaisse le marché régional ou local. D’ailleurs, des entreprises se plaignent d’une baisse de la qualité du service. Elles sont moins souvent desservies. Le risque est qu’elles réorientent leurs appareils productifs et se débranchent du réseau de chemin de fer.