L’heure des comptes pour les Anti-Otan

dimanche 19 avril 2009 | 16:32 | Fabien Perrier

Les organisateurs du contre-sommet de l’Otan, qui avaient préparé une manifestation pacifiste et fédératrice, refusent de limiter la journée du 4 avril aux images de violence montrées en boucle. Au contraire, ils veulent que la lumière soit faite sur tout ce qui, dès le début, a contribué à discréditer la manifestation.

Dix jours après la manifestation contre l’Otan, à Strasbourg, les organisateurs font les comptes. Hier, ils avaient convié les journalistes à une conférence de presse pour leur faire part du triste bilan. D’abord, la manifestation a eu les plus grandes difficultés à se tenir, a déclaré Arielle Denis, Co-Présidente du Mouvement de la Paix. Elle a ainsi rappelé le survol incessant, à basse altitude, du camp et de la manifestation par des hélicoptères, les contrôles d’identité répétés, le parcours ambigu négocié difficilement avec la préfecture, mais aussi « les vols d’appareil photo, de livres, de brochures » par les forces de l’ordre lors des fouilles des manifestants. L’opposition à l’Otan ne devait pas être vue. 11 personnes sont en prison, peine motivée par des intentions (par exemple, avoir acheté une serpillière et du white-spirit), et non par des faits (la serpillière et le white-spirit n’ont pas été utilisés à des fins illicites) explique Jérôme Champion, responsable de l’équipe juridique du contre-sommet. Sur les onze personnes emprisonnées, trois sont allemandes. La plupart ont été jugées en comparution immédiate, ce qui a permis aux autorités d’esquiver tout débat. Le débat, pourtant, est plus que nécessaire. Quels ordres ont reçu les forces de l’ordre ? Comment expliquer, par exemple, que certains manifestants aient été blessés par des gaz lacryogènes et n’aient pas été aidés par les policiers présents ? Ainsi, Faty Kouma, à la tête du collectif éponyme, une association pour les libertés, les droits de l’homme et la non-violence, a reçu lors de la manifestation un projectile en pleine tête provoquant brûlure et aveuglement. Elle va porter plainte. A Strasbourg, des habitants du quartier du Port du Rhin, où ont eu lieu les exactions, vont porter plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non assistance à personne en danger ». Le conseiller de quartier qui mène cette action, Etienne Auberger, a expliqué à l’Humanité qu’il voulait « en savoir plus sur la chaine de commandement » et qu’il était étonné d’avoir vu « les CRS rester les bras croisés quand l’hôtel Ibis prenait feu, sans aider à évacuer l’immeuble voisin, occupé par ses habitants ». Pour éclaircir cette affaire, les députés PCF ont demandé que soit constituée une commission d’enquête. Sans réponse pour l’instant. Il y a, ostensiblement, des débats que les autorités souhaitent éviter.