Ébullition pacifique dans une cité interdite

dimanche 29 mars 2009 | 18:00 | Jean-Paul Pierot

Le pouvoir joue la tension à quelques jours du sommet de l’OTAN. Du 3 au 5 avril, les pacifistes ont rendez-vous dans la capitale alsacienne.

Le mouvement pacifiste est bien décidé à faire entendre sa voix lors du sommet de l’OTAN qui doit officialiser le retour de la France dans le commandement intégré de l’Alliance dominée par les États-Unis. Cette réunion, qui coïncide avec le 60e anniversaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, se tient à Strasbourg les 3 et 4 avril. La ville s’est transformée en une citadelle sous haute surveillance, et manifestement les autorités craignent moins pour la sécurité des chefs d’État et de gouvernement qu’elles ne redoutent la contestation pacifiste et pacifique d’une décision dangereuse du président Sarkozy, qui nous ramène à plus de quarante-trois ans en arrière, avant que le général de Gaulle n’ait mis fin, en 1966, à la présence des bases de l’US Army sur le territoire français.

Des deux côtés du Rhin, le mouvement pour la paix se mobilise. Du 3 au 5 avril, une conférence internationale sera, pour les participants, l’occasion de dresser un autre bilan des soixante ans de l’OTAN et de réfléchir à un système de sécurité collective. « Soixante ans d’OTAN, soixante ans de menaces sur la paix », « Soixante ans, c’est plus que suffisant », « Le dépassement de l’OTAN » sont les principaux thèmes qui seront débattus par des personnalités : Oskar Lafontaine, Jean Ziegler, Noam Chomsky…

Le 4 avril, une grande manifestation partira symboliquement du pont de l’Europe, qui enjambe le Rhin et relie la France et l’Allemagne. Le parcours a fait l’objet de longues négociations avec le ministère de l’Intérieur, désireux d’éloigner les manifestants le plus loin possible de la ville.

Les organisateurs, réunis au sein d’un collectif de coordination internationale, prévoient une forte mobilisation. Des cars sont annoncés de Finlande, de Russie, de Pologne, mais aussi de Grèce, de Turquie, d’Espagne, d’Italie, ainsi que des délégations des États-Unis, du Canada, d’Afghanistan et du Japon.

Face à cet élan, les autorités françaises et allemandes ont manifesté une nervosité extrême. Le délire sécuritaire balaie la liberté d’expression. L’intrusion de policiers et de gendarmes dans des domiciles privés pour faire décrocher les drapeaux pacifiste et anti-OTAN a provoqué un tollé. Le Mouvement de la paix s’inquiète que l’on ait mis Strasbourg et Kehl en état de siège. Les habitants des « zones rouges », c’est-à-dire résidant non loin du sommet de l’OTAN, ont été fichés et badgés. L’université a été évacuée par la force et restera fermée jusqu’au lendemain de la grand-messe atlantiste. Aucun lieu n’a échappé à la vigilance des fins limiers de la Place Beauvau : même la cathédrale de Strasbourg a été fermée. C’est donc une ville morte, aux rues vides de passants mais quadrillées par la police, qui s’apprête à recevoir un sommet décidément bien encombrant. Sans doute le nouveau président américain, Barack Obama, auprès duquel le collectif international a sollicité une entrevue, aurait rêvé climat plus détendu pour sa première visite en France depuis son accession à la Maison-Blanche.

Contact : Mouvement de la paix, 9, rue Dulcie-September, 93 400 Saint-Ouen. Tél. : 01 40 12 09 12 ; www.mvtpaix.org.