Que sort-il de la bouche des enfants ?

mercredi 30 mai 2001 | 16:38 | Alain Peter

Envoyer Imprimer Réagir Société - Article paru le 30 mai 2001 Envoyer à un ami E-mail du 1er destinataire E-mail du 2e destinataire E-mail du 3e destinataire E-mail du 4e destinataire Votre e-mail Votre nom et prénom Y joindre un message code Veuillez recopier le code, les lettres en majuscule QUE SORT-IL DE LA BOUCHE DES ENFANTS ? modération à priori Ce forum est modéré à priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site. Un message, un commentaire ? Titre : Texte de votre message : (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.) Qui êtes-vous ? (optionnel) Votre nom (ou pseudonyme) : Votre adresse email : Veuillez laisser ce champ vide : Psychologue, expert judiciaire et professeur à l’université de Montréal, Hubert Van Gijseghem anime des formations pour magistrats et policiers consacrées à l’audition de l’enfant. Il précise les règles à respecter en la matière et s’étonne de la méthode employée par le parquet dans l’affaire de l’instituteur de Zittersheim.

- Le silence des enfants victimes ou témoins de violences sexuelles aide les pédophiles à se protéger. Faut-il pour autant croire à tous les témoignages ?

Hubert Van Gijseghem. Lorsqu’un enfant témoigne de violences sexuelles, on ne peut pas retenir une seule hypothèse quant aux raisons qui le conduisent à parler. L’enquêteur doit retenir plusieurs hypothèses ou bien n’en retenir aucune. En effet, un enfant peut parler d’abus sexuels parce qu’il en a effectivement été victime, mais aussi parce qu’il peut vivre dans une atmosphère suggestive ou contagieuse, ou encore parce qu’il peut avoir intérêt à faire une fausse déclaration, etc. Ces différentes hypothèses doivent être traitées également. L’enquêteur ne doit en privilégier aucune. Au contraire, c’est dans la mesure où l’enquêteur sait que plusieurs hypothèses existent, qu’il se montre plus ouvert aux indications qui vont lui permettre, en cours d’enquête, d’en privilégier une.

- Pourquoi un enfant ne dit-il pas toujours la vérité quand il témoigne de violences sexuelles ? Hubert Van Gijseghem. Un enfant peut dire quelque chose pour faire plaisir à quelqu’un ou par crainte. Il essaie ainsi de répondre à une attente des adultes. S’il décèle une attente parmi ces derniers, il peut facilement y répondre, et l’individu qui entend son récit n’en a pas forcément conscience. Dans ces cas, l’enfant entre dans le désir de l’adulte et finit par lui livrer ce que ce dernier attend de lui. Ce faisant, il ne ment pas, car ce qu’il dit est devenu pour lui la vérité. De plus, l’influence de ses pairs est déterminante : il suffit qu’un ou deux enfants disent une chose pour qu’elle soit répétée et amplifiée par d’autres enfants.

- Comment doit-on recueillir le témoignage d’un enfant ?

Hubert Van Gijseghem. La meilleure façon d’interroger un enfant est de privilégier le récit libre. Il ne faut jamais suggérer le contenu en posant une question du genre : « As-tu été abusé sexuellement ? » Il vaut mieux demander à l’enfant s’il a vécu quelque chose de particulier. Dans tous les cas, il faut s’abstenir de lui poser des questions intrusives ou suggestives. D’abord parce qu’il convient de respecter l’intégrité de l’enfant qui n’est peut-être pas prêt à parler. Ensuite, dans l’intérêt même du processus judiciaire, car un témoignage d’enfant perd de sa valeur s’il peut être prouvé qu’il a été obtenu de façon intrusive. La défense a alors de bonnes chances d’obtenir l’acquittement de la personne accusée.

- Qui doit recueillir le témoignage d’un enfant ?

Hubert Van Gijseghem. Il est certain qu’il doit y avoir un moment d’écoute de la part des personnes qui ne travaillent pas directement pour la justice. Il est très difficile de déterminer jusqu’où cette écoute doit aller. Mais dès lors que le parquet a été avisé d’un soupçon par l’Éducation nationale, c’est à lui seul de procéder à de nouvelles auditions d’enfants et par des enquêteurs qui travaillent pour lui. Dans le cas de Zittersheim, je ne comprends absolument pas le geste du parquet qui demande à l’Éducation nationale d’interroger un enfant présumé victime de violences sexuelles deux jours après en avoir été informé. En effet, l’audition avec enregistrement audiovisuel n’a de sens que s’il s’agit de la première fois que l’enfant est entendu par un enquêteur. Des gens qui ne travaillent pas pour la justice n’ont définitivement pas à faire ce genre d’audition.