Escalade raciste en Alsace, jusque chez les gendarmes...

samedi 12 février 2011 | 21:43 | Alain Peter

Près d’une vingtaine d’actes racistes commis en une année : dans le nord de l’Alsace, l’extrême droite franchit un nouveau pallier dans l’ignoble.

« D’abord la croix gammée et maintenant une lettre de menace. Mais qu’est-ce qu’ils me veulent ces gens ? » Tenancier d’un snack à Hoenheim, dans le nord de l’agglomération strasbourgeoise, Fatih G. a le triste privilège d’être une cible à répétition dans la série d’actes racistes qui sévit en Alsace. Déjà, le 26 janvier, une croix gammée avait été inscrite à l’entrée de son immeuble. C’est dans cette même commune qu’un drame fut évité de peu le 28 janvier. En pleine nuit, des incendiaires ont mis le feu à des poubelles placées au préalable devant les portes d’entrées de deux maisons. Les familles, chacune avec deux jeunes enfants, ont du s’échapper par les fenêtres. A l’automne 2010, trois attaques similaires ont eu lieu dans une commune voisine. Point commun de ces attaques : elles visaient des familles turques. Par ailleurs, des croix gammées ont été dessinées aux domiciles de personnalités connues pour leur engagement antiraciste. Par exemple chez le maire de Strasbourg, Roland Ries. La série actuelle d’actes racistes se distingue par sa violence. Avec l’incendie volontaire de maisons habitées on passe au stade des actes criminels passibles de 20 ans de prison. De plus, ces actes sont précédés d’une fine préparation. Ils nécessitent de reconnaître les lieux, de s’assurer que les maisons sont bien habitées par les personnes visées, de repérer les chemins de fuite. Cette préparation exclue l’hypothèse d’actes commis par des jeunes désœuvrés ou des personnes sous l’effet de l’alcool. Ils sont le fruit d’une pensée et d’une organisation.

Une nouvelle génération à l’œuvre ?

Lui-même la cible d’un incendie au chalumeau de sa porte d’entrée et d’un tag antisémite, Philémon Lequeux, président de la Licra du Bas-Rhin, s’interroge : « Peut-être assistons-nous à une transmission de mémoire de la part des activistes de 2004 à une nouvelle génération ». En 2004, de nombreux cimetières avaient été vandalisés et des réunions de néo-nazies avaient lieu en Alsace sous le regard passif des autorités (L’Humanité du 24 août 2004). Trouver les auteurs s’avère difficile. Mais comment ne pas s’inquiéter quand les autorités chargées de les traquer s’avèrent perméables à leurs thèses ? Car c’est bien ce que prouve un courrier adressé à des maires du nord de l’Alsace par la gendarmerie du Bas-Rhin. Dans le cadre d’une enquête pour des cambriolages, le major commandant la brigade de Hochfelden incite les maires à « signaler toute personne d’apparence pays de l’Est séjournant dans vos communes ». Quand des enquêteurs assimilent une population entière à des cambriolages on peut douter de leur empressement à trouver les auteurs d’une lettre qui qualifie les Turcs et les Arabes de « parasites, voleurs et mafieux ».