Au Neuhof, une zone pas franchement efficace

jeudi 1er septembre 2011 | 21:08 | Alain Peter

Dans ce quartier de Strasbourg, les exonérations fiscales liées à la zone franche urbaine ne servent que des entreprises en croissance ou des coquilles vides. Ce dispositif sera pourtant prorogé.

Elle a fière allure, l’entrée nord de la zone franche urbaine (ZFU) du Neuhof, un quartier sensible de Strasbourg. Il y a dix ans, les habitants accéléraient le pas à hauteur de la piscine de la Kibitzenau, par crainte de se faire agresser. Aujourd’hui, des logements de qualité côtoient des entreprises fraîchement installées. C’est le genre de vitrine qui plaît à Éric Raoult, l’auteur du rapport sur ces zones franches qui vient d’être rendu public. Le député-maire UMP du Raincy y plaide pour la « prorogation », jusqu’en 2014, des exonérations fiscales et salariales des ZFU. Un dispositif qui coûte pourtant à l’État quelque 500 millions d’euros par an, et dont l’efficacité est contestée.

Qu’en est-il au Neuhof ? Les modifications du quartier ne démontrent pas tant le succès de la ZFU que celui du plan de rénovation urbaine de 270 millions d’euros engagé depuis 2005. Prenons le cas de l’entreprise Werey, implantée depuis 2007 à la pointe nord de la zone. Spécialisée dans la plâtrerie, elle était en 2005 à l’étroit sur son terrain de la plaine des Bouchers, juste en dehors de la ZFU. Christian Werey, son propriétaire, s’est laissé convaincre par la municipalité de construire son nouveau siège près de la Kibitzenau. « C’était une opportunité foncière au moment où mon entreprise se développait ; c’est aussi proche du centre-ville, où se trouve une bonne partie de ma clientèle… » Ensuite, et ensuite seulement, M. Werey évoque les avantages financiers de la ZFU : exonération de l’impôt sur les sociétés, de l’ex-taxe professionnelle, de l’essentiel des cotisations d’assurance sociale sur les salariés. Soit 33 000 euros en 2010, rien que pour l’impôt sur la société. Autrement dit : Werey encaisse les exonérations mais n’avait pas un besoin vital de cet argent en 2005, et pas plus en 2011.

Scénario similaire pour Auto H, qui construit en ce moment au Neuhof. Son bâtiment de la plaine des Bouchers ne suffit plus à ce garagiste pour répondre à l’augmentation de son activité. Là aussi, l’élément déclencheur est la cession d’un terrain par la municipalité. Car Auto H n’augmentera pas ses effectifs lors de son déménagement, à la fin de l’année. « On attend de voir si la croissance est là », explique l’adjointe au directeur, Mme Hasenfratz. En revanche, Auto H est sûr de toucher les exonérations : « Nous ne savons pas encore de combien, mais il y en aura », se réjouit-elle.

Préfecture et municipalité de Strasbourg aiment à souligner l’augmentation de 17 % du nombre d’établissements installés au Neuhof depuis 2003. Elles oublient de mentionner que la ZFU existe depuis 1997. Or, de 2003 à 2007, ce nombre a légèrement diminué. Il ne progresse que depuis 2008, quand les transferts d’entreprises de l’extérieur vers l’intérieur des ZFU sont devenus éligibles aux exonérations. De plus, cette hausse a ses effets pervers : « Environ un tiers des nouvelles entreprises sont des coquilles vides », révèle un gestionnaire du dispositif qui a souhaité garder l’anonymat. « Il s’agit d’autoentrepreneurs qui se déclarent dans la ZFU pour bénéficier d’exonérations. »

Pourtant, avec une centaine de contrats par an, la ZFU n’est pas neutre en termes d’emploi. « Au vu de l’ampleur du chômage dans ces zones, cela reste cosmétique. Mais pour les personnes concernées, c’est essentiel », indique Philippe Bies, adjoint au maire de Strasbourg chargé de la rénovation urbaine. Et puis, « la ZFU améliore l’image du quartier. On y fait aujourd’hui des choses qui y étaient impensables par le passé, comme y faire réparer son ordinateur », souligne David Trouchaud, secrétaire général adjoint de la préfecture du Bas-Rhin. Pour lui, « la ZFU, c’est une cerise sur un gâteau. Elle n’est pas essentielle pour revitaliser le quartier, mais elle l’accompagne ». Une bien chère cerise  : en 2010, en moyenne, chaque ZFU coûtait à l’État 5,1 millions d’euros en exonérations.