Le Crédit mutuel aux abonnés absents

mercredi 1er février 2012 | 14:36 | Alain Peter

« La banque à qui parler » perd le fil du dialogue. Ses 76000 salariés étaient appelés à la grève pour exprimer leur ras-le-bol devant la dégradation des conditions de travail.

L’intersyndicale elle-même n’espérait pas pareille mobilisation. Très remontés contre leur direction, les salariés étaient plus d’un millier devant le siège de la principale fédération du Crédit mutuel, à Strasbourg. Des rassemblements ont eu lieu en même temps dans toute la France. Un événement inédit pour une entreprise en forte croissance, qui engrange les bénéfices, mais qui semble avoir rompu le dialogue social. Dans la bouche des grévistes, le mal-être revient comme un leitmotiv. « Les campagnes de promotion s’enchaînent sans me laisser le temps de traiter les dossiers, se plaint Christine * une responsable d’agence. Dans mon armoire, j’ai des dossiers que je n’ai pas ouverts depuis août dernier ! » « La mutualité, ce n’est plus qu’une façade, regrette un gréviste de Strasbourg. Nous sommes devenus de simples vendeurs alors que nous étions de vrais conseillers. » Délégué CGT et informaticien, Toma Gricic se dit « submergé de demandes que je n’ai pas le temps de gérer correctement. J’ai le sentiment de tout faire trop vite et pas assez bien. » L’échec des négociations annuelles sur les salaires a mis le feu aux poudres. Face aux 2,5% d’inflation en 2011, la direction propose une augmentation de 1,2%. Une rupture dans l’histoire du Crédit mutuel où les salaires suivaient toujours à peu près l’inflation. En même temps, la direction veut contraindre les salariés à payer davantage pour leur mutuelle. Ces mécontentements murissent alors que la banque a été élue la meilleure de France par le magazine britannique The Banker en raison de son ratio de solvabilité. « La banque grandit, nous rachetons des sociétés étrangères en Allemagne, en Espagne. Mais tout va trop vite, estime Toma Gricic. Pour nous, les acquisitions extérieures se traduisent en surcroit de travail. » Quand les salariés veulent dire leur mal-être à la direction, ils ne trouvent pas à qui parler. Reçue mardi midi par le président Michel Lucas, l’intersyndicale s’est vue adresser une fin de non-recevoir. Quand elle en a rendu compte aux grévistes, leur réponse fut unanime. Tous ont voté pour l’organisation d’une nouvelle journée de grève mardi prochain.

* le prénom a été changé

Acquisitions de Citibank en Allemagne (fin 2008), rebaptisé Targobank, de Cofidis (mars 2009), du réseau français de Banco popular, de Leasecom, spécialiste de la location informatique, l’Est républicain, premier groupe de presse quotidienne régionale : le groupe Crédit mutuel s’est révélé des plus actifs depuis 2008 dans sa stratégie de croissance externe. En 2010, le groupe a dégagé un résultat net de 1,96 milliard d’euros, en hausse de 64,2%. Les résultats 2011 s’annoncent tout aussi bons.