Coma annoncé pour un laboratoire de pointe

mardi 21 février 2012 | 21:21 | Alain Peter

A Rouffach, dans le Haut-Rhin, un centre de recherche de renommée mondiale, spécialisé dans les tests de nouvelles molécules actives sur le cerveau, risque de fermer.

Course contre la montre au pied des Vosges : il ne reste que quelques semaines pour éviter la liquidation judiciaire de la société privée Forenap. Spécialisée dans les tests de molécules actives sur le système nerveux central, Forenap emploie 120 personnes à Rouffach, dans le Haut-Rhin. Elle effectue des tests cliniques pour le compte d’entreprises pharmaceutiques. La société bénéficie d’une renommée mondiale dans son domaine. Elle a pourtant été placée en redressement judiciaire début janvier en raison de ses difficultés financières. Touchée par la diminution du nombre des essais cliniques menés en France, Forenap est aussi victime de l’attitude de ses actionnaires. Lancée en 1986, Forenap est entrée en 2004 dans le giron de la Fondation transplantation, reconnue d’utilité publique par le ministère de l’Intérieur, qui gère des établissements de santé et finance des recherches médicales dans l’est de la France. Jusqu’en 2009, elle a le vent en poupe. En 2008, son chiffre d’affaires double quand le groupe pharmaceutique américain Cephalon lui confie une grande enquête sur les effets d’une molécule sur le sommeil des personnes touchées par le décalage horaire. L’avenir semble tellement radieux que la Fondation en profite pour ouvrir le capital de Forenap. Le 30 septembre 2009, alléchés par la croissance de la société, trois nouveaux investisseurs apportent 11 millions d’euros : le Fonds stratégique d’investissement (FSI) via la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le banque CIC et TechFund/Airfi. Mais la crise frappe et provoque une baisse du nombre des essais cliniques commandés par les entreprises pharmaceutiques. Entre 2009 et 2011, le chiffre d’affaires de Forenap est divisé par trois, le nombre d’employés fond d’un tiers. En désaccord avec les actionnaires sur la stratégie à suivre, l’ancien directeur de Forenap quitte l’entreprise, emmenant avec lui son précieux carnet d’adresses. Le 1er décembre, les actionnaires refusent d’injecter les 2,5 millions d’euros demandés dès le 7 juin par le nouveau directeur de Forenap. Sept mois ont été perdus dans des tergiversations. Conséquence : la société est placée en redressement judiciaire en décembre. Elle peut disparaître dès mars car ses recettes ne lui permettent plus de payer les salaires. Principal actionnaire, la Fondation transplantation joue un rôle trouble. Au nom du remboursement de dettes antérieures, et contre l’avis de la CDC, elle a empoché 5 des 11 millions d’euros levés en 2009. Plus surprenant : en 2010, la Fondation facture la gestion financière à Forenap au prix de 540000 euros. Soit une augmentation de 79% par rapport à 2009 alors que le chiffre d’affaires de Forenap baissait de moitié. Plus ubuesque : la Fondation loue à Forenap des équipements défectueux pour 130000 euros en 2009 et 2010, dont un IRM. L’Humanité s’est procurée une facture qui prouve que la machine a été mise à l’arrêt le 12 février 2009. La Fondation ne peut feindre l’ignorance puisque c’est elle qui gérait les factures de Forenap. Pour la CDC, Nadia Sarri dit ne pas voir de solution, mais elle exige une réduction des coûts. En clair : des suppressions d’emplois. Nul ne financer un plan de relance estimé à 4 ou 5 millions d’euros. Les salariés, eux, demandent à la Fondation le remboursement des sommes jugées indues. La cessation de paiement en serait empêchée et du temps serait gagné pour chercher d’autres solutions.

Alain Peter